Le deuxième roman réussi d’Arnaud Cathrine sur le thème de la quête d’identité : émotion, écriture et pudeur dans l’Espagne du début des années 1980.
"Je m’étais juré de ne jamais passer la frontière espagnole."
Début des années 1980. Un jeune homme, Rafael, se rend en Espagne pour voir son père, Goyo Lasagual. Ce père, il ne le connaît pas, mais la maladie de celui-ci le conduit à entreprendre le voyage.
Ce père, il ne le connaîtra jamais. En arrivant à la gare, sa tante, Maria Pilar, lui apprend qu’il vient de mourir. Rafael l’a raté de quelques heures.
"Il est mort. Je ne comprends pas. Mon père est mort en début d’après-midi. Je ne l’aurai jamais connu. Je cherche à tenir mon corps le plus droit possible. Que faire, prononcer quelques mots, lancer un juron, montrer que je reçois ce deuil en plein visage, que ça fait un poids, oui, endosser l’habit de l’orphelin, l’orphelin que je ne suis pas ?"
Rafael et Maria Pilar se rendent dans le village de Lasagual. L’accueil, c’est le moins qu’on puisse dire, n’est pas chaleureux. La maison de Lasagual a été brûlée et pillée. Ils se rendent compte peu à peu de la vie isolée que Lasagual a mené, proche seulement de son petit protégé, Marco, un jeune tzigane d’une vingtaine d’années auquel il a appris le français.
Il avait fait ce long voyage pour, enfin, le connaître. La disparition de Lasagual le laisse démuni, avec plus de questions que de réponses. Rafael écrit des lettres à sa mère, où il invente alors son père, faisant comme si celui-ci était toujours en vie. A partir des "indices" qu’il a pu recueillir en s’imprégnant de l’univers de Lasagual, il reconstitue un personnage, reconstitution qui peut être vue comme une sorte de mise en abyme du travail de l’écrivain. Le mensonge devient ainsi plus beau, et plus riche que la vérité.
Sur le thème très classique de la quête d’identité et de la recherche des racines, Arnaud Cathrine réussit un deuxième roman touchant, à l’écriture sobre et dont la forme audacieuse d’alternance entre le récit et les lettres n’empêche pas l’émotion.
Anne Chougnet
© Etat-critique.com - 08/01/2010