Sigmund Freud arrive à New York le 30 août 1909. Accompagné de son disciple Carl Jung, il a été invité pour donner une série de conférences sur la psychanalyse...
Au même instant, une jeune fille de la haute société new-yorkaise est assassinée dans la chambre d’un luxueux immeuble de Manhattan. Un meurtre complexe dont une tentative ressemblante se reproduira quelques heures plus tard, à Grammercy Park sur une autre richissime héritière.
Les éditions du Panama font paraître depuis quelques temps des romans policiers américains à gros tirages dont les sujets peuvent laisser plus ou moins songeur lorsque l’on survole la quatrième de couverture. L’interprétation des meurtres, en plus de son titre un rien capilotracté ne semble pas faire exception à la règle. On pense à un énième avatar des aventures d’un Sigmund fantasmé en grand détective de l’esprit. Après avoir flirté avec Jack l’éventreur et Sherlock Holmes, le voici se confrontant au mythe du serial killer américain, mettant son grain de sel analytique dans le décryptage d’un fait de société auquel on ne commencera à répondre qu’un demi-siècle plus tard.
Loin s’en faut. Si Jed Rubenfeld maîtrise son sujet, il s’abstient bien de nous imposer la pure pensée freudienne comme il l’aurait fait d’une thèse. Son roman divise en deux parties subtilement mêlées l’affrontement de ses deux histoires. D’un coté, le problème Freud dans la société américaine : habile remise en question d’un continent jeune qui doit encore se structurer et s’affranchir des influences de la vieille Europe et construire sa propre identité, voici le créateur du complexe d’Œdipe au cœur d’un combat d’arrière garde qui l’oppose à la pudibonderie réactionnaire de ces américains bon teint qui ne supportent pas l’idée de vouloir tuer leur père et coucher avec leur mère. Freud est traité de sodomite, de libertin et voit sa carrière menacée par les parangons de vertus qui tiennent encore aujourd’hui le haut du panier de l’autre coté de l’océan. Dans l’intrigue première, le Viennois n’aura alors qu’un rôle consultatif auprès d’un de ses disciples, natif de la Nouvelle Angleterre, qui prendra part à l’enquête de manière active et déterminée.
Au-delà de l’affaire, Rubenfeld se lance dans une description de ce New York en élévation au pied des gratte-ciels de laquelle, toute la société vit une totale mutation. Et l’aspect documentaire de ce roman (sorte de suite des romans de Davenport et de Wharton) donne au décor de L’interprétation son coté le plus captivant.
C’est donc sans se fier à sa trop simpliste prière d’insérer qu’il faut lire ce polar historique, dans lequel la psychanalyse n’a pas qu’une place anecdotique.
Sébastien D. Gendron
© Etat-critique.com - 09/10/2007