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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 L'impasse

L'impasse

Brian DE PALMA

Avec Al Pacino, Sean Penn, Penelope Ann Miller et Viggo Mortensen – Universal – 2h21 - 1993

Et ta critique ?




Tout va trop vite désormais. Les films d’action ne sont plus que des grosses bouillies d’images stylisées. Revoir L’impasse est une sage et fantastique thérapie.


A sa sortie, L’impasse était un film déconcertant. Le générique d’ouverture révèle la fin tragique du héros, le gangster Carlo Brigante. Lorsque l’on revoit L’impasse on comprend cet étrange choix. Brian de Palma privilégie le point de vue unique de Brigante.

Le film est sa vision des choses. L’impasse cherche la vérité d’une figure mythique, celle du gangster. Car L’impasse peut se voir comme l’antithèse de Scarface, autre film mafieux avec Al Pacino et réalisé par Brian de Palma.

On sait que Scarface est devenu une référence pour sa violence et sa fascination malsaine du pouvoir. On était saisi par la radicalité de son anti héros, fou furieux défoncé à la coke.

On se souvient de Scarface mais De Palma et son interprète principal rejouent l’histoire à l’envers, avec plus de sagesse. L’impasse se permet d’offrir du romantisme à un genre épique mais sec.

Le héros n’est pas un type allumé et ambitieux. Carlo Brigante tente d’échapper à son passé, à sa réputation et ses connaissances. C’est un aimant à emmerdes, une fois en dehors de sa prison.

Il a réussi malgré lui à corrompre son avocat (hallucinant Sean Penn). Carlo Brigante est un héros qui refuse d’agir mais qui glisse tragiquement vers un funeste destin. Il n’y a pas de grandeur et de décadence dans ce film de gangster : juste une tragédie personnelle.

Tellement personnel que De Palma s’intéresse uniquement au point de vue de Brigante. On s’invite à l’intérieur du système mafieux. On y découvre les coups bas, les alliances et les trahisons. On s’aperçoit qu’il n’y a rien de mythique là dedans.

C’est juste pathétique. Mais De Palma ne se venge pas d’un genre. Son film est une sublime leçon de cinéma. Fluide et rythmée, la mise en scène s’accorde avec le regard de Brigante. Lassé par les embrouilles, la désespérance de Brigante est largement représentée par les longs et magnifiques travellings de De Palma, expert en acrobaties techniques. Le choix des couleurs et les cadres ont leur importance car ils soulignent le détachement dangereux et progressif d’un homme, dans un milieu qui ne reconnaît plus.

Un réalisateur sans envergure aurait fabriqué un gros film bruyant et aurait demandé à Al Pacino de cabotiner (ce qu’il sait faire très bien). De Palma fait exactement l’inverse et propose le film de gangster le plus introspectif possible. Il a peut être réalisé ici le meilleur film de Martin Scorsese !



Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 21/04/2009