Avec Tim Roth, Alexandra Maria Lara, Bruno Ganz et Marcel Iures - Pathé - 14 novembre 2007 - 2h01
Et ta critique ?
Amour, âge, savoir infini, telles sont les ficelles qui font tenir debout L’homme sans âge, film d’un auteur ayant largué les amarres pour voguer en haute mer.
L’homme sans âge cumule les boulets. Son histoire est totalement improbable et semble avoir été écrite par un philosophe dépressif après ingestion massive de champignons hallucinogènes. Ses acteurs ne sont pas des stars drainant un public de masse et même le dvd est tout pourri avec une conférence de presse à Cannes au son approximatif et filmée par un malvoyant .
Malgré cela, le film de Francis Ford Coppola, son premier après des années de silence, est d’une rare beauté, d’une rare poésie. Filmer en Europe, en Roumanie, à provoqué chez le cinéaste un état d’apesanteur.
En 1938, un savant philologue Dominic Matei, ayant dépassé la soixantaine, se rend compte qu’il a raté sa vie. Il compte se suicider quand il est touché par la foudre et retrouve alors l’aspect physique de la quarantaine. Ensuite et pendant des décennies, il ne vieillira plus.
A cette histoire passablement farfelue vient s’ajouter une seconde histoire où une jeune femme traumatisée et ressemblant comme deux gouttes d’eau au premier amour de Matei, régresse et parle le sanscrit, revenant peu à peu à l’origine du langage.
A ce niveau-là, vous l’aurez compris, soit c’est irrémédiablement mauvais et il n’y a rien à sauver. Soit le cinéaste donne vie à ce qui serait ridicule tourné par un tâcheron.
Or on peut dire beaucoup de choses de Coppola sauf qu’il est tâcheron. Le film où un personnage traverse littéralement le temps est en résonnance avec Peggy Sue, où une femme revenait au temps de sa jeunesse, avec Jack dans lequel un enfant héritait du corps d’homme de Robin Williams.
Quand à la mise en scène, elle renvoie au délicieux maniérisme de One from the heart avec Nastassia Kinski, l’incrustation de roses dans l’écran et cette manière à nulle autre pareille de filmer. Il y a des passages, notamment en Inde, qui à force d’être irréels, semblent sortis d’un film inédit de Fellini.
Pendant tout le film, le personnage principal n’a pas l’âge de ses artères. Il faut attendre la oute fin et une belle scène pour que le sentiment du temps écoulé refasse surface.
Comme dirait Aragon, le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard. Le film de Coppola, en une période où la majeure partie des œuvres sont tièdes et consensuelles n’a pas trouvé son public. Redonnez-lui une seconde chance.