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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 L’homme que l’on prenait pour un autre

L’homme que l’on prenait pour un autre

Joël EGLOFF

Buchet Chastel - 203 pages

Et ta critique ?




L’étourdissement, quatrième roman de Joël Egloff avait été un des ouvrages marquants de 2005. Son successeur se faisait attendre. Il est enfin là... pour notre plus grande déception.


Rencontre, coup de foudre, enthousiasme... la vie réserve quelquefois ce genre de bonheur intense. Pour une femme, pour un film, pour un livre. Joël Egloff a été, il y bientôt trois ans, l’inattendue source de ce bonheur rare. Son Etourdissement nous a emporté loin dans la jubilation que l’on ressent à partager, en totale complicité, un récit aussi noir que désespéré, mais drôle finalement. Un récit dont la clé résidait dans un humour d’autant plus efficace qu’il était improbable dans ce contexte.

Après un long silence, la parution de son nouveau roman chez le même éditeur constitue donc, a priori, un petit événement, un plaisir gourmand dont on ne souhaite pas différer la dégustation. Las, L’homme que l’on prenait pour un autre est bien loin du niveau de son prédécesseur.

"Il m’arrive de plus en plus souvent d’être pris pour un autre. Que des gens qui me croisent aient l’impression de m’avoir déjà vu quelque part, sans toujours parvenir à se souvenir dans quelle circonstance, à quelle occasion, où et quand ils ont bien pu me rencontrer auparavant. Même si leurs visages ne me disent rien, pas plus que leurs noms, par politesse je me présente à mon tour, je veux bien faire des efforts de mémoire, moi aussi, et au hasard nous évoquons quelques endroits, quelques situations dans lesquelles nous aurions pu avoir affaire ensemble."

Ecriture fluide, humour teinté d’absurde affleurant sous des propos d’apparence anodine, les premières pages ne laissent rien soupçonner du naufrage à venir. C’est à l’attaque du troisième chapitre que le doute s’insinue dans l’esprit du lecteur le moins malveillant. En ne trouvant aucun lien avec le chapitre précédent... qui lui même n’en offrait pas davantage avec le premier, on se dit que c’est un recueil de nouvelles que l’on lit. Pas des nouvelles de haute volée, mais de petites miniatures légères et inoffensives qui nous font passer un moment. Erreur. La couverture est formelle : il s’agit bien d’un roman !

Dès lors, force est de constater à quel point Joël Egloff est en mal d’inspiration, contraint de mettre bout à bout des historiettes mal ficelées et des personnages sans épaisseur qui finissent par prendre leur place dans un puzzle maladroitement ajusté. "Je n’ai pas fait illusion bien longtemps. On se plaignait de moi. Y avait des réclamations" fait-il dire à son personnage principal page 131. Terrible prémonition ou lucidité exacerbée de l’auteur ? Toujours est-il qu’appliqué à L’homme que l’on prenait pour un autre, la sentence est juste et sans appel !


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 25/01/2008