Trop méconnu, L’étrangleur de Boston est un polar singulier, d’une modernité fascinante. Profitons des commémorations de 1968 pour célébrer un sommet de série B.
C’est à l’exposition universelle que le réalisateur de 20 000 lieues sous les mers découvre la technique du splitscreen (écran divisé en plusieurs cadres). Epaté, il comprend rapidement les qualités de cet effet de style et l’emploie aussitôt pour son nouveau film, L’étrangleur de Boston.
Le film raconte l’histoire vraie et violente d’Alberto de Salvo, qui assassina une douzaine de femmes célibataires au début des années 60. Avec le splitscreen, Fleischer réalise une œuvre où les points de vue sont surmultipliés.
Cela fait du film, une formidable expérience formelle. Désormais 24 heures chrono a repris le principe du splitscreen, mais 40 ans avant, L’étrangleur de Boston relevait un défi narratif incroyable.
Le film se permet de raconter l’histoire de de Salvo avec des points de vue différents. Le film suit le monstre, la police et le fonctionnaire à qui l’affaire fut confiée. Il observe la réaction des médias mais aussi de la ville.
La paranoïa qui a hanté la ville durant les faits est très bien représentée. Le film est technique, quasi géométrique et fait froid dans le dos. Fleischer est un technicien hors pair (il vient de réaliser le très psychédélique Le voyage fantastique), il devient un conteur révolutionnaire.
Le film est une formidable enquête policière complexe. Elle oppose un Henry Fonda, raide comme la justice à un Tony Curtis, animal, qui livre ici sa meilleure composition. On s’extasie devant les films de serial killers mais il faut bien avouer que c’est une honte d’avoir oublié cette série B d’exception.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 16/05/2008