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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 L'état des lieux

L'état des lieux

Richard FORD

Editions de l'Olivier - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Guglielmina - 729 pages

Et ta critique ?




Comme pour les deux premiers opus de la trilogie (Un week-end dans le Michigan et Indépendance), L'état des lieux se déroule sur une courte période de temps : ici les quelques jours précédents Thanksgiving.


Richard Ford décrit minutieusement le quotidien de son "non-héros", Francky Bascombe, à la veille d'un événement familial a priori banal. Une histoire simple qui sert de prétexte à une épopée littéraire de plus de 7OO pages pendant lesquelles le narrateur nous fait partager de façon délicieusement drôle son scepticisme, ses doutes et son angoisse de se retrouver en famille.

Franck Bascombe est agent immobilier. Dans Indépendance, il nous expliquait que tout l'art de son métier, c'est de vendre au client non pas la maison dont il rêve, mais tout simplement celle qu'il peut se payer, la meilleure solution étant de s'en contenter avec bonheur. Il en va ainsi avec la vie...

Car c'est un véritable art de vivre que nous propose Richard Ford, l'art d'apprécier sa vie telle qu'elle est sans rêver l'inaccessible : "J'ai accepté une vie plus petite que mes talents parce qu'une vie plus petite me rendait plus heureux". En somme, il nous apprend à être minable !

Pendant toute la lecture, on vit en parfaite empathie avec un personnage dont toutes les pensées nous sont décrites, des plus philosophiques aux plus triviales. Or derrière ce badinage apparent point périodiquement une émotion bouleversante. "Bien entendu, la mort de Ralph a été la raison pour laquelle Ann et moi n'avons pas pu rester mariés un jour de plus, il y a dix-sept ans. Nous pensions toujours aux mêmes choses, occupant et divisant la même minuscule portion de terre salée, nous ne pouvions plus ni nous surprendre ni nous satisfaire, comme les gens mariés doivent le faire. La mort était tout ce que nous avions en commun, une prison commune. Et qui aurait voulu de ça jusqu'à ce que nos propres morts nous séparent ?".

Il ne faut pas s'y tromper : Franck Bascombe n'est pas un cynique désabusé ; il cherche simplement le bonheur. Sa quête nous le rend d'ailleurs familier, bien que le bouquin soit truffé de références purement américano-américaines pas toujours évidentes à maîtriser.

On est en tout cas sincèrement content de retrouver celui qui est devenu un vieil ami et de savoir comment lui et ses proches s'en sortent.


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 08/09/2009