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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 L'esprit en fête

L'esprit en fête

Michel DAVID-WEIL

Robert Laffont - 266 pages

Et ta critique ?




Un banquier ami des arts, revient sur sa vie, avec tact, discrétion et esprit. En période de crise, c'est cocasse!


Qui peut bien lire les Mémoires d’un banquier ami des arts, collectionneur autant que mécène ? Ses lecteurs sont-ils plutôt ceux du Wall street journal ou de la Gazette de l’hôtel Drouot ?

En même temps que je pose la question, j’entrevoie une troisième réponse : ce livre comblera probablement tous ceux qui aiment lire la Revue des deux mondes.

Car c’est un peu ça, le ton de L’Esprit en fête : un regard, une réflexion cultivée sur le monde des hommes, dans lequel les arts et les affaires se mêlent par nécessité autant que par goût. L’auteur a été à la fois patron de la banque Lazard et amateur d’art insatiable (en tout cela il s’inscrit parfaitement dans la tradition familiale) et il a décidé, à l’âge de soixante-quinze ans, de nous fait partager sa vision du monde.

Autoportrait ? Autobiographie ? Le terme de "mémoires" semble mieux convenir, qui était d’usage aux époques où Fragonard, Boucher peignaient ces scènes si françaises que l’auteur ne se lasse pas d’aimer.

Marc Fumaroli, dans sa préface, annonce que ce livre "va faire jaser." C’est tout le contraire, précisément, car les sujets qui fâchent font l’objet d’une simple allusion. La mort brutale de son gendre ? deux lignes. Son éviction à la tête de Lazard ? à peine plus. Les amateurs de faits divers et de règlements de comptes en seront pour leurs frais, et c’est tant mieux.

Convaincant lorsqu’il s’agit de faire partager ses points de vue sur l’art, les femmes ou les relations France-Etats Unis, Michel David-Weill l’est moins lorsqu’il aborde l’économie. Il le redevient pour parler du métier de banquier conseil ou du rôle de dirigeant d’entreprise.

L’ensemble, parfois décousu, offre son lot de considérations banales, c’est la loi du genre, et il serait surprenant qu’un individu n’éprouve que des sentiments originaux. Mais en honnête homme Michel David-Weill fait l’effort de penser par lui-même et le résultat bouscule souvent avec bonheur des idées reçues, en particulier de ce côté-ci de l’Atlantique.

Et puis, comment ne pas prendre du plaisir aux réflexions d’un homme d’affaires qui écrit : "A une époque, je refusais d’aller à mon bureau de Rockefeller Center avant d’avoir vu une femme très belle dans la rue. Je tournais cinq minutes en bas des buildings. Heureusement, j’ai la joie d’avoir une vision filtrante de la réalité. Je ne vois que des choses magnifiques, je ne vois pas le reste. Je suis ébloui, et plus les personnes sont nues, plus je suis ébloui. Une femme nue n’est jamais laide : un petit ventre rebondi me réjouit, un sein qui tombe, ce peut être admirable. C’est la raison pour laquelle le printemps et l’été sont pour tous les hommes source de plaisirs incommensurables." (pages 50-51) ?

Un mot revient constamment sous la plume de Michel David-Weill : "enchanté". "Charmant" n’est pas loin derrière, dans le palmarès sémantique… Si finalement, malgré ses légers défauts, le livre est enchanteur, c’est peut-être simplement parce qu’il est écrit par un homme enchanté.


Philippe Muller

© Etat-critique.com - 01/01/2012