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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 L'ennemi intime

L'ennemi intime

Florent EMILIO-SIRI

Avec Benoît Magimel, Albert Dupontel, Aurélien Recoing et Vincent Rottiers SND – 03 octobre 2007 – 1h40

Et ta critique ?




Enfin un film qui affronte la triste histoire de notre pays. Maladroit mais ambitieux, L’ennemi intime apparaît comme un Platoon bien de chez nous. Parfois prenant, parfois ridicule, le film ne laisse pas indifférent et c’est déjà ça.


Le nouveau film de Florent Emilio-Siri a du mérite : il se confronte à une guerre sans nom, qui hante la mauvais conscience de l’hexagone. Alors que l’Amérique a su exorciser ses démons avec des œuvres magnifiques, la France, elle, est bien frileuse dès qu’elle doit se rappeler des mauvais souvenirs.

Pour cela, L’ennemi intime est une œuvre nécessaire. Patrick Rotman, le sait bien et accepte de signer le scénario. Documentaliste, il a travaillé des années sur la guerre d’Algérie et nous a offert de magnifiques documentaires.

L’ennemi intime était le titre de son plus célèbre travail : c’est désormais le titre de ce vrai film de guerre. Florent Emilio-Siri a fait un tour à Hollywood pour réaliser le mésestimé Otage avec Bruce Willis. Il a aussi rendu un bel hommage à Carpenter avec le costaud Nid de guêpes. Ici, il réalise un spectaculaire film. Son sens de l’emphase va très bien avec la folie qui hante les soldats.

Sa caméra est aérienne pour mieux nous plonger dans les horreurs de cette «mission de maintien de l’ordre».  Les scènes d’action sont plus qu’immersives et il faut reconnaître au réalisateur, une efficacité assez rare chez les artisans français.

A l’excellente mise en scène, il faut hélas opposer des comédiens qui ne font pas dans la dentelle. Benoît Magimel interprète un jeune lieutenant idéaliste qui va découvrir toute la complexité et l’immoralité de sa mission militaire en Kabylie.  Il peut compter sur le soutien d’un sergent résigné mais supporte de moins en moins les coups tordus de sa hiérarchie.

Benoit Magimel fronce les sourcils durant tout le film pour montrer la douleur. Albert Dupontel s’en sort dans le rôle complexe d’un soldat meurtri. Le reste du casting doit assumer des personnages plus proches du symbolique que de l’utile.

Rotman, brillant pédagogue, a écrit un scénario qui cherche à tout prix à expliquer la vicieuse cascade de la violence. L’ensemble devient alors schématique et les personnages ne sont que des pions au service d’un cours d’histoire.

Le film reprend la formule de Platoon avec opposition morale et horreurs de la guerre. Pourtant on n’est insensible aux tristes héros du film. Finalement le cinéaste réussit quelques seconds rôles ou les quelques Algériens qui vont longtemps obsédés les soldats français.

Malgré ces défauts, L’ennemi intime reste une œuvre courageuse et d’utilité publique. Elle pourra agacer par ses tics visuels mais elle ne peut qu’interpeller par sa volonté et sa nécessité. On aurait aimé que ces grandes ambitions donnent un grand film.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 13/10/2007