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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 L'échappée

L'échappée

Valentine GOBY

Gallimard - 227 pages

Et ta critique ?




Valentine Goby nous livre un roman poignant, à l’écriture tranchante sur ces femmes françaises qui ont eu le malheur d’aimer un Allemand pendant la Seconde Guerre Mondiale.


Madeleine est une jeune paysanne de 16 ans qui travaille comme femme de chambre à l’Hôtel des Ducs de Rennes. Chaque week-end, elle rentre à Moermel retrouver sa famille et “sa tristesse plate”. Quand Joseph Schimmer, officier allemand et pianiste de renom, lui demande d’être sa tourneuse de pages, Madeleine va être charmée tout d’abord par la sensibilité de la musique, car comme la mère lui répète “les hommes t’attrapent d’abord par les yeux et le reste suit. Quarante mille Boches à Rennes, tu vas connaître par cœur le bout de tes chaussures”. Alors Madeleine ne regarde pas les visages, mais elle finit par devenir la maîtresse de cet homme qui lui fait découvrir Mozart et Liszt.

Mais en ces temps troublés, le temps de l’amour ne dure qu’un instant : Joseph repart sur le front russe où il sera condamné à mort pour s’être volontairement mutilé afin de ne pas être amené à tuer. Madeleine, enceinte, ignore tout de cette fin et accouche d’Anne en cachette.

A la libération, elle fait partie de ces femmes tondues, livrées à la sale vindicte populaire. “Je suis déjà morte de toute façon, ils peuvent me frapper, me griffer, m’insulter, je ne suis plus rien, je ne suis plus rien”.  Ce chapitre central très éprouvant est servi de manière très subtile par le style haché, sec de Valentine Goby.

Pendant plus de dix ans, Madeleine et Anne vont  fuir de ville en ville ce passé honteux. Pour Madeleine, cette fuite ne suffit pas à “broyer sa mémoire”. Pour Anne, c’est un défi et dans chaque nouvelle école elle annonce crânement qu’elle est la fille d’un Allemand et creuse un peu plus sa solitude.

On l’aura compris, L’échappée est un livre rude sur la lâcheté des hommes qui savent si bien montrer du doigt et sur la terrible culpabilité qui laisse si peu de place pour la vie. Le livre est dédié “à celles qui ne se sont pas laissées mourir”.

Valentine Goby nous propose trois fins possibles pour mieux montrer que, quoiqu’il arrive, la faute et la honte ne s’effaceront jamais. On peut le regretter car cette pluralité, qui se veut ouverture, affaiblit un peu le propos et relâche la tension.

Cependant il faudra longtemps pour que s’échappe le souvenir de Madeleine et de cette histoire relatée avec beaucoup de force et d’humanisme.


Véronique Cazaubiel

© Etat-critique.com - 05/11/2007