RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 L'avocat de la terreur

L'avocat de la terreur

Barbet SCHROEDER

Les films du losanges – 6 juin 2007 – 2h15

Et ta critique ?




Monument érigé de son vivant à la gloire de l’avocat Jacques Vergès, ce documentaire fera frissonner ceux qui auront relu leurs cours de géopolitique de l’après guerre afin d’appréhender correctement la vie du personnage.

Qu’ont en commun des terroristes palestiniens, des membres du FLN, des dictateurs africains, Pol Pot, Klaus Barbie, Omar — m’a tuer — Addad ou Slobodan Milosevic ? Il ne s’agit pas du nombre de victimes ni du sentiment d’horreur que provoque l’évocation de ces noms (quoique) mais bien de l’avocat qui a assuré leur défense. Le principe de toute démocratie étant de permettre à chacun de se défendre devant ses pairs quand bien même les faits sont accablants, Jacques Vergès a très bien compris les subtilités du système et c’est à corps perdu qu’il s’est lancé dans des batailles perdues d’avance.

On pourrait croire à de l’héroïsme si les opinions politiques et l’ego du nettoyeur de parquet n’étaient pas aussi présents. De ses premiers coups d’éclat en Algérie à ses relations ambiguës avec des dignitaires de l’ancien régime nazi en passant par ses affinités avec les milieux terroristes au Moyen Orient, son passé se fait trouble. Sa disparition pendant près de dix ans fait l’objet d’une pseudo investigation qui, loin d’apporter des réponses, plonge le spectateur, qui aura perdu toute candeur à cet instant, dans la confusion la plus totale.

Dans sa grande intelligence, Vergès a très bien que compris que seuls les absents avaient tort et c’est avec une présence indéniable qu’il répond ou feint l’ignorance face à la caméra avec une bonhomie dérangeante. Car évoquer des attentats visant à faire libérer ses clients le sourire aux lèvres rend forcément mal à l’aise. Les rires (jaunes) ne sont pas si rares tant la distance qu’il prend par rapport à ses affaires judiciaires parait surréaliste voire inhumaine.

La dure vie d’avocat d’Assises, condamné à représenter la lie de la terre, apparaît moins comme un sacerdoce que comme un faire valoir. A vouloir défendre l’indéfendable, que peut-on gagner à part la gloire ? On aimerait croire à des motivations plus nobles, mais celui qui se défend de tout cynisme ne se cache pas derrière une fausse modestie : il fait partie des meilleurs, il le sait et il le fait savoir.

Que retenir de ces deux heures et demie ? L’histoire est prenante mais la rapprocher de la réalité est douloureux. Le parti pris du réalisateur est souvent évité au prix d’un sentiment d’impuissance magistral qui assène un violent coup sur la nuque à la fin de la séance.

« Nous avons l’énorme avantage vis-à-vis des médecins de pouvoir refuser un client. L’objectif est de ne jamais franchir la ligne blanche. J’aurais pu défendre Adolf Hitler à une condition : s’il avait plaidé coupable ». Telle est la phrase qui clôt le sujet. On ne peut que s’incliner devant la prouesse que représente la construction méticuleuse d’une carrière entière sur une simple ligne blanche, mais si le spectateur ne la place pas au même endroit que notre protagoniste, l’édifice risque de paraître bien bancal.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 08/06/2007