Sous couvert d’étude de l’état de l’eau sur la planète, Erik Orsenna s’offre un tour du monde aussi inutile que dispendieux si l’on en juge par le résultat publié aujourd’hui.
On n’est jamais puni que par là où on a pêché. Grand buveur d’eaux minérales (de préférence pétillantes), c’est sans me douter une seconde du piège qui m’était tendu que je me suis précipité avec gourmandise sur le dernier ouvrage d’un Erik Orsenna que je savais depuis quelques années intéressé par la (mauvaise) marche du monde.
Se piquant de curiosité humaniste ET économique (?), il avait signé en 2006 un Voyage aux pays du coton, prétexte à décortiquer le mécanisme de la mondialisation, des échanges Nord/Sud et autres subtilités macro-économiques fondamentales. Inattentif à l’époque, j’avais laissé filer le coton (comme quoi, je peux être drôle si je m’en donne la peine), mais comptait bien me rattraper dans la foulée avec ce Petit précis de mondialisation II (sous-titre de l’ouvrage).
Bien mal m’en a pris. Sachez que j’ai, depuis, changé d’avis et opté pour le vin. Que s’est-il passé entre temps ? J’ai lu L’avenir de l’eau !
Ou plutôt j’ai lu un interminable exposé des voyages de monsieur Orsenna aux quatre coins du monde, une complaisante description de ses hôtels (de luxe), de ses rencontres (avec d’éminents chercheurs ou dirigeants), de ses agréments (et désagréments) touristiques, de l’état de ses relations (plus ou moins) people... Bref, d’une quantité de choses... le plus souvent fort éloignées du propos de départ.
Et, au milieu de ces mondanités et autres frivolités (écrites avec élégance et légèreté, il faut l’avouer), quelques informations de seconde main que n’importe quel individu un peu passionné par son sujet peut trouver sur Internet en quelques clics biens sentis.
L’eau est mère de la vie (sans blague ?), l’eau permet de garantir une hygiène indispensable pour éviter les épidémies (ça c’est de l’info, coco), l’eau est inégalement répartie sur terre (je n’invente rien), les barrages “y a du pour et y a du contre”, etc.
Si le sujet vous intéresse, évitez donc ces quatre cents pages de banalités inconsistantes et reportez-vous directement à la bibliographie figurant page 405. Vous y trouverez les ouvrages des vrais spécialistes, ferez économiser à Fayard les notes de frais de son Académicien voyageur, et épargnerez à la planète les émissions de CO2 engendrées par les innombrables heures d’avions que ce livre a nécessité. Un des problèmes liés à l’eau n’est-il pas, justement, le réchauffement climatique ?
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 15/12/2008