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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 L'assassinat de Jesse James par le lache Robert Ford

L'assassinat de Jesse James par le lache Robert Ford

Andrew DOMINIK

Avec Brad Pitt, Casey Affleck, Sam Rockwell et Sam Shepard Warner Bros – 10 octobre – 2h30

Et ta critique ?




Clint Eastwood avait enterré le western avec Impitoyable. Le cinéma américain aime déterrer le cadavre pour taper encore dessus. Andrew Dominik convoque une figure de légende et la démonte dans les règles de l’art.  Hélas la fascination tombe dans une sournoise torpeur.


Le néo-zélandais Andrew Dominik aime apparemment l’œuvre de Terrence Malick. Comme le réalisateur de La ligne rouge et du Nouveau monde, Dominik observe la nature avec philosophie et esthétisme. Ses cow-boys de son film sont entourés d’une nature sauvage et âpre. Les hommes semblent bien pathétiques au milieu de paysages splendides suggérant la liberté et la plénitude.

Depuis les années 70, le western est devenu une source de démythification. Le mythe de la conquête de l’ouest s’est écroulé avec des francs tireurs comme Peckinpah, Cimino ou Eastwood qui décrirent parfaitement la naissance d’une nation et surtout l’apparition de ses ambiguïtés, sa violence et ses injustices.

L’ambition d’Andrew Dominik n’est pas si politique. Le cinéaste lui se consacre à observer la rançon du succès sur un illustre voleur de grands chemins, Jesse James. Déjà héros de plusieurs films, le bandit perd de sa superbe dans ce portrait mélancolique.

Voir la méga star Brad Pitt jouer un cow-boy harcelé par un fan, c’est assez plaisant. Cependant le comédien fait son boulot correctement. Le film n’est pas à sa gloire. Jesse James est ici un type névrosé, de plus en plus paranoïaque, incapable d’assumer sa légende.

Le jeune Robert Ford découvre alors que son idole n’est pas à la hauteur de ses attentes. Il se met à le détester et entraînera la chute du brigand, mari aimant, père attentif et capable d’être une ordure sans âme.  La description de Jesse James est ainsi envoûtante.

L’image est belle mais en plus, elle trouve souvent du sens face à la solitude du cow-boy. La folie guette la superstar des années 1870. James est un être seul, enfermé dans ses contradictions, entre la gloire qu’il reçoit et la réalité de son gagne pain, entre tortures, trahisons et meurtres.

Personnage hypnotisant, Jesse James semble agir sur le cinéaste qui ne veut plus s’arrêter de le filmer. Au point de réduire la narration à un dépouillement inhabituel dans le western. Le rythme s’engourdit et nous aussi par la même occasion.

La traîtrise de Robert Ford dure plus de deux heures et c’est franchement long, même si tout reste gracieux et intrigant, aidé par des comédiens tous excellents. Les hystériques Ridley et Tony Scott sont producteurs du film : eux aussi se sont faits avoir par l’appesantissement de ce film, de toute façon, étonnant !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 12/10/2007