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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 L'art du voyage

L'art du voyage

Alain DE BOTTON

Mercure de France - Traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin - 306 pages

Et ta critique ?




Tous ceux qui jugent leur quotidien insipide et abêtissant, tous ceux qui rêvent de partir et pour qui le voyage est un horizon ; tous ceux-là devront lire L’art du voyage d’Alain de Botton.


Ils y trouveront matière à réfléchir, à évoluer ou bien ils se convaincront d’être dans le droit chemin. En effet, une des grandes vertus de ce livre est qu’il permet de discuter avec l’écrivain autant qu’avec soi-même.

Alain de Botton est un surdoué qui a publié son premier roman en 1993, Petite Philosophie de l’amour, alors qu’il était âgé de 24 ans. Après deux autres romans, il s’est lancé dans une autre aventure en écrivant Comment Proust peut changer votre vie (1997). Il écrit des essais dans lesquels la connaissance de grands auteurs ou de grands artistes lui permet une introspection dont l’intelligence rejaillit sur nous, ses lecteurs. Pour trouver un équivalent français, il faudrait imaginer un Comte-Sponville ou un Finkielkraut qui aurait de l’humour et oserait parler franchement de lui-même. Non décidément, il n’y a pas d’équivalent français à Alain de Botton.

L’art du voyage est une réflexion subtile sur ce qui nous pousse à avoir envie de voyager, le tout permettant de revisiter l’œuvre de Flaubert, Baudelaire ou Huysmans. Nous découvrons également l’importance d’auteurs tels que Wordsworth ou Ruskin qui nous sont moins familiers. Chaque chapitre est accompagné de reproductions de photos ou de tableaux, dont on peut regretter qu’ils ne soient qu’en noir et blanc.

Par exemple, dans un très beau chapitre intitulé Des lieux de voyage, Alain de Botton nous révèle qu’il aime les lieux de transit tels que les aéroports ou les stations-service, ces lieux où l’on n’est pas voué à demeurer mais où flotte le plaisir d’être en mouvement. Quand il ressentait de la tristesse dans son adolescence, il allait regarder les avions décoller à Heathrow. Il cite Baudelaire qui voulait partir loin de ce monde étouffant, mais qui, lorsqu’il voyageait, restait souvent dans sa cabine de bateau, sans sortir quand celui-ci était à quai.

Il cite également le peintre Edward Hopper qui plonge ses personnages dans des lieux de passage. Comme vous le savez, la littérature est un merveilleux voyage immobile. Entrez dans la cabine d’Alain de Botton. Le voyage sera ludique et essentiel. Attachez vos ceintures et préparez-vous à réfléchir sur vous-mêmes.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 27/11/2009