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Jeudi 24 Mai 2012Musique

 L'an demain

L'an demain

Les TêTES RAIDES

(Tôt ou tard - 2011)

Et ta critique ?




Têtes Raides revient avec L’an demain. Un lendemain qui chante et qui déchante. Un air du temps plutôt sombre et grave loin des débuts pêchus qui donnaient envie de bouffer la vie et de fraterniser.


Christian Olivier sort aujourd’hui un nouvel album après avoir participé au centenaire de la mort de Jean Genet au Théâtre de l’Odéon à Paris. Là-bas, il y a croisé Jeanne Moreau qui apparaît sur ce nouvel album. C’est une des belles surprises. Si Jeanne perd progressivement sa voix, la foi et l’âge donnent à Emma une couleur optimiste qui tranche avec l’ensemble de l’album, plus mélancolique. « Quand on s’ennuie, on se dit que c’est beau la vie. La loupe pas, elle passera qu’une fois, entre les cordes d’une mélodie, la sol fa si, c’est pas si fa sol la… » « …je te boufferai les yeux, on est vivant tant qu’il est encore tant, comme on est deux, on s’ra seul on s’ra mieux, je n’sais plus quand ni pourquoi ni comment… » Des phrases étonnantes, testamentaires, lourdes de sens mais aussi d'espoir.

On restera également avec plaisir sur le premier morceau L’an demain qui est sans aucun doute un des plus réussis. L’association guitare classique et voix timbrée atteint son objectif sur élans de violons. Une ode mélancolique à la nuit pour promeneur solitaire. Marteau-piqueur prolonge le champ citadin et nocturne. Alors bien sûr, il y a toujours les références à des portraits populaires comme Gérard le garagiste mais la démarche cadencée et chaloupée qui nous faisait tous danser sur Ginette reste loin. Le clin d’œil est un brin trop forcé même si le morceau est plutôt agréable à entendre.

Avec le temps, la pêche de Christian semble donc basculer vers un style plus concis laissant la fougue politique de côté pour une association plus poétique mais avec une musique qui ne laisse pas toujours entendre les battements de plumes. So free laisse entendre un anglais et une voix de tête farinellette qui vous feront regretter 2 minutes 53…

Pas à pas décompte le temps qu’il nous reste. Comme une course contre la montre. « On a tout le temps, vite vite pourtant ». « L’amour ou la peste voilà ce qu’il nous reste ». « Envole-toi vers ton maquis » surenchérit Christian Olivier. Une jolie fuite en avant de maquisard pour sortir des chemins balisés. L'album finit par un texte anonyme laissé sur le répondeur de Daniel Mermet sur France Inter. « Nous dans la rue on a que nos yeux… » Le ciel faut tout le temps regarder le ciel… » « Faut pas fermer les yeux… c’est pour ça qu’on fait peur aux gens qui passent, on a encore nos yeux… et on a la vérole… mais avec nos yeux… avec nos yeux… »

Christian boucle donc un album qui prend un tournant. La question est : Têtes Raides se résume-t-il à Christian Olivier ? Si oui, on aurait presque aimé que l'album se nomme Christian Olivier. La vie semble être un fardeau difficile à porter avec peu d’échappatoire face au temps qui passe. Sur la pochette, le voilà qui lève les yeux en signe d’espérance, sa musique laisse plutôt entendre un esprit sombre en vagabondage cherchant des lignes de fuite. On a presque envie d'aller lui payer un coup pour lui remonter le moral.

De notre côté, on restera donc avec Emma et la surprenante Jeanne, plus tenace et plus vivante que jamais malgré le temps qui passe. Une Jeanne plus proche de la fraternité originelle du groupe.


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 31/01/2011