Lauren
Grodstein nous coince dans la salle de bain d’un couple
qui attend le résultat d’un test de grossesse.
À trente ans est-on prêt à devenir parents
? Beaucoup de finesse sous un vernis mode.
De Lauren Grodstein sont parus récemment un recueil de
nouvelles en 10/18, Le meilleur des animaux et un roman L’amour
sans les ennuis, aux éditions Fleuve Noir. De quoi découvrir
cette jeune romancière new-yorkaise sur laquelle nous
avons peu d’informations.
Dommage car à la lecture de ses œuvres, nous aimerions
en savoir davantage. Qui est-elle ? Comment est-elle ? Quelles
sont ses passions ?
Cela dit, à la lecture de ses nouvelles et de son roman,
on peut sans trop s’aventurer présumer qu’elle
possède la connaissance des reins et des cœurs susceptible
de retenir le lecteur dans ses filets.
Joel Miller est le personnage central de L’amour sans
les ennuis (titre débile et susceptible d’attirer
les lectrices de Cosmopolitan). On notera que le titre original
Reproduction is the flaw of love, est tiré d’un
poème de Baudelaire La fanfarlo, ce que devait ignorer
la traductrice.
Joel Miller, donc, est proche de la trentaine, il vit à
Park Slope, un quartier de Brooklyn, avec Lisa, une institutrice
qui lui demande d’aller chercher un test pour vérifier
si elle ne serait pas enceinte.
On voit déjà venir gros comme une maison les tergiversations
morales de Miller, se demandant s’il est bien avec la
compagne idéale et s’il est prêt à
assumer les charges de la paternité. Mais Lauren Grodstein
dépasse les figures imposées d’un tel récit
et nous livre un portrait en coupe du jeune mâle contemporain
qu’est Miller.
Nous découvrons les détails qui enrichissent l’histoire,
l’adolescence de Miller, coincé entre son père
sur le départ du foyer conjugal et sa mère sombrant
dans une folie autodestructrice. L’amour de Miller pour
Blair Carter une jolie blonde énigmatique, aussi petite
que séduisante. Et si Blair Carter avait vraiment été
le grand amour de Miller... Comment vit-on une passion, comment
s’en remet-on ?
Lauren Grodstein, si elle n’est pas une styliste surdouée,
est une formidable conteuse et analyste des atermoiements du
cœur. Le fait que ses récits aient pour la plupart
New-York pour décor, apporte un charme supplémentaire
à la narration. New-York, comme les amateurs de Sex and
the city le savent, est la ville par excellence. La ville dont
le rythme bat suffisamment fort pour devenir une musique que
l’on retient.
Alors, il apparaît que Lauren Grodstein nous séduit
parce qu’elle nous fait plaisir et nous surprend en même
temps. Avec elle on sourit parce qu’on croit reconnaître
un air connu et il s’agit d’une autre chanson. Il
y a énormément de finesse chez cet auteur. Il
y a aussi des personnages qu’on n’oublie pas.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 09/04/2009