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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 L'amour sans les ennuis

L'amour sans les ennuis

Lauren GRODSTEIN

Fleuve Noir - Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Barbaste - 238 pages

Et ta critique ?




Lauren Grodstein nous coince dans la salle de bain d’un couple qui attend le résultat d’un test de grossesse. À trente ans est-on prêt à devenir parents ? Beaucoup de finesse sous un vernis mode.


De Lauren Grodstein sont parus récemment un recueil de nouvelles en 10/18, Le meilleur des animaux et un roman L’amour sans les ennuis, aux éditions Fleuve Noir. De quoi découvrir cette jeune romancière new-yorkaise sur laquelle nous avons peu d’informations.

Dommage car à la lecture de ses œuvres, nous aimerions en savoir davantage. Qui est-elle ? Comment est-elle ? Quelles sont ses passions ?

Cela dit, à la lecture de ses nouvelles et de son roman, on peut sans trop s’aventurer présumer qu’elle possède la connaissance des reins et des cœurs susceptible de retenir le lecteur dans ses filets.

Joel Miller est le personnage central de L’amour sans les ennuis (titre débile et susceptible d’attirer les lectrices de Cosmopolitan). On notera que le titre original Reproduction is the flaw of love, est tiré d’un poème de Baudelaire La fanfarlo, ce que devait ignorer la traductrice.

Joel Miller, donc, est proche de la trentaine, il vit à Park Slope, un quartier de Brooklyn, avec Lisa, une institutrice qui lui demande d’aller chercher un test pour vérifier si elle ne serait pas enceinte.

On voit déjà venir gros comme une maison les tergiversations morales de Miller, se demandant s’il est bien avec la compagne idéale et s’il est prêt à assumer les charges de la paternité. Mais Lauren Grodstein dépasse les figures imposées d’un tel récit et nous livre un portrait en coupe du jeune mâle contemporain qu’est Miller.

Nous découvrons les détails qui enrichissent l’histoire, l’adolescence de Miller, coincé entre son père sur le départ du foyer conjugal et sa mère sombrant dans une folie autodestructrice. L’amour de Miller pour Blair Carter une jolie blonde énigmatique, aussi petite que séduisante. Et si Blair Carter avait vraiment été le grand amour de Miller... Comment vit-on une passion, comment s’en remet-on ?

Lauren Grodstein, si elle n’est pas une styliste surdouée, est une formidable conteuse et analyste des atermoiements du cœur. Le fait que ses récits aient pour la plupart New-York pour décor, apporte un charme supplémentaire à la narration. New-York, comme les amateurs de Sex and the city le savent, est la ville par excellence. La ville dont le rythme bat suffisamment fort pour devenir une musique que l’on retient.

Alors, il apparaît que Lauren Grodstein nous séduit parce qu’elle nous fait plaisir et nous surprend en même temps. Avec elle on sourit parce qu’on croit reconnaître un air connu et il s’agit d’une autre chanson. Il y a énormément de finesse chez cet auteur. Il y a aussi des personnages qu’on n’oublie pas.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 09/04/2009