Oh le beau titre ! Beau comme la promesse gourmande de quelques centaines de pages de plaisir ému et nostalgique. Promesse tenue, et même au-delà.
Auteur discret pourtant à la tête d’une bibliographie plus qu’honorable (romans, nouvelles, poèmes, pièces de théâtre et essais), Jacques Jouet, est aussi, depuis 1983, un digne membre de l’Oulipo dont il a croisé la route dès 1978, lors d’un stage d’écriture dirigé par Paul Fournel, Georges Perec et Jacques Roubaud (excusez du peu !).
L’amour comme on l’apprend à l’école hôtelière n’a pourtant rien à voir avec un quelconque "texte à contrainte". On est, au contraire, de plain-pied dans le roman traditionnel, voire dans la saga familiale qui, sur deux générations, va nous faire partager l’existence de Georges Romillat et de ses proches.
Georges Romillat est, à l’orée des années 50, jeune professeur dans une école hôtelière. Sa discipline (expérimentale et vite abandonnée) est "l’amour". Pas le sexe ! Non, l’amour de son prochain, ou plus prosaïquement, l’amour du client. Son bien-être, son confort…
De la théorie à la pratique, Georges Romillat en vient à fonder son propre établissement, à Etampes, avec la complicité Mariette, l’une de ses élèves devenue sa femme.
Toute la première moitié du roman de Jacques Jouet est ainsi consacrée à l’aventure du couple désireux de défendre farouchement ses "convictions hôtelières" et de faire de l’Hôtel du Large une enseigne à la notoriété indiscutable.
Ils y parviendront, malgré des difficultés qui ne sont rien, pourtant, en comparaison de ce qui les attend après la naissance de Sylvain, leur premier fils. Enfant prodige et prodigue, champion du sexe précoce, de l’homosexualité, de la mythomanie, du spectacle-roi, du bonheur marginal, de la générosité et de l’irresponsabilité financière (liste non close), Sylvain est le centre de la seconde partie de la saga des Romillat qui traverse les "trente glorieuses", la guerre d’Algérie et mai 68 pour arriver jusqu’aux années sida.
La chute de la maison Romillat et de l’Hôtel du Large, laminés par l’apparition des grandes chaînes hôtelières, est inéluctable et ne nous sera pas épargnée…
Véritable roman "à l’américaine", foisonnant de détails, de trouvailles, de bonheur de vivre, de personnages incroyables et d’anecdotes piquantes, L’amour comme on l’apprend à l’école hôtelière est truculent et se dévore comme un repas gastronomique préparé par un Chef inventif.
L’écriture vive et élégante de Jacques Jouet n’est d’ailleurs pas pour rien dans l’émotion permanente qui habite le lecteur. Émotion d’autant plus vive à la lecture d’un épilogue écorché vif dans lequel l’auteur nous livre les clés personnelles de cette saga. À commencer par l’admiration sans borne du jeune garçon qu’il fut pour son grand frère trop vite disparu après avoir brûlé la chandelle par les deux bouts.
Cet hôtel-là mérite bien quatre étoiles !
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 18/09/2008