Parfois les courts récits sont de grands contes où la légèreté n'exclut pas la profondeur. C'est içi le cas.
Angèle Dufresnes est une petite fille qui habite dans un pays indéterminé d’Afrique, avec ses parents qui sont tous les deux fort pris par leurs activités. Son père passe son temps à écrire et sa mère a exercer son métier de médecin. Quand elle se sent trop seule, Angèle va discuter dans la cuisine avec De Gaulle, le boy noir de la famille.
Angèle est une sorte de Zazie, livrée à elle-même et dont personne n’écouterait les réflexions, pourtant amusantes et acérées. Jusqu’au jour où ses parents lui annoncent qu’ils viennent d’adopter une petite fille africaine et orpheline, Gloria.
Angèle se sent alors dépossédée. Elle a le sentiment de ne plus profiter de l’amour total de ses parents qui doit être divisé par deux alors qu’il n’était pas très vivace, à son goût.
Commence alors une guerre d’influence entre Angèle et Gloria (on notera la portée symbolique des prénoms) pour être celle qui mérite et remporte l’affection de ses parents. La guerre d’influence devient une guerre totale jusqu’au jour où le père d’Angèle cesse d’écrire et commence à partir à vau l’eau. Les deux petites filles décident alors de cesser de se combattre.
Anne Lenner est une jeune romancière très talentueuse qui a l’art d’aller profond tout en paraissant légère. Sous couvert d’un conte qui n’aurait pas déplu à Marcel Aymé, elle nous parle du sentiment d’être peu aimé ou pas assez. Elle traite également du passage de l’enfance à l’adolescence et s’interroge sur ce qui fait l’essence d’une famille. Son écriture déliée donne vie à une Afrique qui apparaît autant rêvée que vécue.
Nous ne révèlerons pas l’élément de surprise final qui jette une perspective différente sur ce que nous venons de lire. Nous vous en laissons la surprise et le plaisir de découvrir un auteur qui sait créér un univers et le rendre palpable.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 12/04/2010