Librement inspirée de La Divine Comédie de Dante, L’Enfer de Romeo Castelluci ne laisse pas indifférent.
De là à qualifier cette pièce de marquante, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Son esthétique et le souci du détail méritent toutefois d’être salués.
Dans un monde déshumanisé, l'individu n’a jamais aussi bien porté son nom. Il est seul. Face à lui, une masse aveugle mais non moins cruelle. Pour faire un parallèle avec notre société, constamment dans le bruit, le silence est roi dans L’Enfer made in Castellucci.
L’Italien, dont la cote atteint des sommets dans le théâtre contemporain, distille une esthétique de haut vol. La soixantaine de figurants (recrutés dans chaque ville où passe la pièce) qui avance de façon mécanique, leur façon de se mouvoir au sol telle une vague inarrêtable, des enfants jouant en cage avec un Andy Warhol qui les observe de l’extérieur, ou encore ce piano qui s’enflamme : tous ces symboles ne peuvent laisser le spectateur de marbre. Surtout que l’univers de Castellucci se complait dans ce noir. Pesant parfois.
Le gros reproche que l’on puisse émettre à l’encontre de l'artiste, qui se met lui-même en scène dès le début du spectacle lors d’une ahurissante scène de violence avec des chiens rageurs, réside dans le manque de sens. L’arrivée d’un poney sur scène en est l’incarnation.
Avoir lu l’œuvre du dramaturge serait évidemment un plus, mais la pièce étant « librement inspirée », on retrouve malheureusement - une fois de plus - un élitisme notoire dans cette pièce. Ce qui nous amène à nous demander : le théâtre contemporain se mettra-t-il à la portée du plus grand nombre sans pour autant tomber dans la norme ?
En ressortant de ce spectacle, des images fortes et jolies restent en mémoire. Et à défaut de comprendre l’anti-paradis de Castellucci, on réfléchit à l’humanité et à la mort. L’artiste a donc réussi, en partie, sa mission.
Thomas Delavergne
© Etat-critique.com - 10/02/2009