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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

 L'Art de Lee Miller

L'Art de Lee Miller

Lee MILLER

Jeu de Paume 1 place de la Concorde 75008 Paris Mardi de 12h à 21h Du mercredi au vendredi de 12h à19h Samedi et Dimanche de 10h à 19h Fermeture le lundi Tél. 01 47 03 12 50

Et ta critique ?




Le Jeu de Paume expose jusqu’en janvier 2009 L’Art de Lee Miller. Une exposition en photos pour retracer la trajectoire de celle qui a vécu par la photographie et pour la photographie. Un prisme qui traverse l’histoire à découvrir.


La rétrospective est composée de près de 150 tirages et se décompose en cinq périodes. Les débuts de Lee Miller, la période New-yorkaise, les voyages des années 30, la seconde guerre mondiale puis l’après-guerre.

Lee Miller est une femme libre. C’est ce que retranscrit cette exposition. Lee Miller, mannequin vedette de la revue Vogue sous les objectifs de Horst P.Horst, George Hoyningen-Huene ou Edward Steichen, use de la beauté de son corps pour se mettre en avant. Emule, modèle et compagne de Man Ray, elle baigne dans un milieu qui lui permet de se confronter aux courants artistiques de son temps, notamment le surréalisme. La Main qui explose,  Woman with hand on headen sont des exemples du genre. Elle découvre également la solarisation avec Man Ray puis l’exploite techniquement. Le Portrait solarisé d’une inconnue de 1930 reste une référence des débuts.

En 1931, icône du mannequinat et du monde photographique, elle intervient logiquement dans Le Sang d’un poète de Cocteau, projeté à l’entrée de l’exposition. Elle y joue les rôles de la bouche, de la sculpture et du destin. Une allégorie qui fait rêver Cocteau qui trouve en elle les traits épurés qu’il recherche. Lee Miller, femme-statue tient la lyre, qui deviendra un leit motiv chez Cocteau.

Indépendante, elle finit par quitter Man Ray et s’impose comme photographe à travers son agence photo. Grâce à Julien Levy elle expose à New-York en 1933 et gagne en notoriété. Elle épouse Aziz Elui Bey, riche fonctionnaire en 1934 et s’installe au Caire. Elle photographie l’Égypte. Entre les lignes de paysages et les ombres, c’est là qu’elle est probablement la plus créative se débarrassant un moment de son corps objet pour travailler la composition de l’image. Portrait de l’espace, inspire Magritte qui peindra le Baiser d’après la photo.

Dès 1937, elle retourne à Paris et renoue avec l’avant-garde, Man Ray, Dora Maar, Eileen Agar, Max Ernst, Dorothea Tanning, Picasso. Elle noue des liens avec le surréaliste Roland Penrose avec lequel elle part en Roumanie.

Son rôle historique prend de l’importance quand elle se voit la seule à obtenir une accréditation de correspondante de guerre auprès de l'armée des Etats-Unis en 1944 pour faire du photoreportage.
Ses clichés de la libération des camps de concentration de Buchenwald et Dachau dans Vogue feront date. L’Histoire semble à peine se rendre compte des apports de l'œuvre, leurrée par l’aspect iconologique du nom Lee Miller. L’exposition présente ici les revues avec les reportages écrits de Lee Miller. Parmi les clichés étonnants, le banal appartement d’Hitler ; elle se fait photographier par David Scherman dans la baignoire du Führer. Les femmes équipées de masque contre les incendies (affiche de l’exposition), Le Garde SS, mort dans un canal à Dachau sont des photos qui marquent pour des raisons différentes. Entre les objets de la guerre détournés pour la photo et le visage de l'horreur, le fossé est immense. Deux extrêmes photographiques. Deux regards.

Après la guerre, elle épouse Penrose qui lui permet de rencontrer Picasso auquel s’intéresse de près son mari –il travaille sur une biographie- ainsi que Tapiès. Elle stoppe sa carrière de photographe en 1953 avec «Working guests », un reportage réalisé dans sa propriété montrant des invités « pipoles » occupés à des tâches ménagères. Une espèce de télé-réalité avant l’heure… Un geste pour montrer peut-être qu’elle n’a plus grand-chose à dire.

Si Lee Miller est loin d’être une photographe hors-norme - même si des photographies témoignent d’un regard aiguisé et d’un goût pour l’esthétisme – l’exposition permet de mettre en avant la liberté d’une femme qui a su être présente à des moments clefs du XXème siècle. Au croisement des courants artistiques et de l’Histoire. Grâce à l’appareil photo et sans nul doute, son culot et sa beauté.







Exposition jusqu'au 4 janvier 2009 au Jeu de Paume à Paris.

 


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 20/11/2008