Le génial John Carpenter n’est pas du genre introspectif et pourtant, une fois, il s’est laissé à une réflexion sur son genre de prédilection, le fantastique. Le résultat, L’antre de la Folie est l’un des sommets de la carrière du cinéaste.
John Trent est un détective privé doué d’une ironie féroce. Une maison d’édition le charge de retrouver l’écrivain Sutter Cane. Ce dernier se serait isolé dans un petit village, Hobb’s End. Le voyage se révèle mouvementé : John Trent va littéralement rentrer dans l’univers de l’écrivain, spécialisé dans le livre (à succès) d’horreur…
A l’exercice de mise en abyme, John Carpenter répond avec un premier degré plus qu’agréable. Au lieu de démonter ses méthodes de travail et de narration, le cinéaste confond la réalité et la fiction avec une vraie gourmandise.
Hommage à l’univers de Lovecraft, son film déforme la réalité et pervertit les valeurs américaines. Au pied d’une charmante petite vieille, il ne faut pas s’étonner d’y voir attaché, un mari apeuré. Les enfants sont dangereux. L’église devient le repère ultime du mal (comme dans Le Prince des Ténèbres).
Plutôt que de prendre de la distance face au genre, John Carpenter assume son film d’horreur et profite de la mise en abyme pour d’authentiques moments d’angoisse. Finalement, on peut le soupçonner d’admirer l’affreux Sutter Cane, sorte de Stephen King qui aurait réussi à combattre le cynisme des lecteurs (ou spectateurs) en envahissant la réalité de sa fiction. Le film rappelle l’importance d’un cinéma immersif et incisif.
Interprétés par un magnifique Sam Neill et un angoissant Jurgen Prochnow, L’antre de la Folie est une opposition entre deux visions du Monde, une sans imagination et l’autre à l’ombre de l’art. Finalement on ne sait pas trop si le cinéaste défend son héros ou s’il ne réjouit pas de la fin du Monde qui conclut ce petit chef d’œuvre.
Connaissant le rapport conflictuel qu’à Carpenter avec l’industrie du cinéma, il ne serait pas étonnant que L’antre de
Pierre Loosdregt © Etat-critique.com février 2007
© Etat-critique.com - 11/02/2007