Portrait d’une jeune fille au bord de la crise de nerfs. Premier film d’une réalisatrice prometteuse, L’année Suivante affirme une maîtrise enthousiasmante !
C’est un énième premier film français ! Cest-à-dire un petit film fait avec astuces et petits moyens. Une nouvelle chronique de la vie ordinaire en France. En apparence le film d’Isabelle Czajka ne se démarque pas des autres premiers films typiquement tricolores.
C’est l’histoire d’un deuil. Emmanuelle s’occupe de son père, immobilisé dans un hôpital de banlieue. Son quotidien tourne autour de ses visites. Un jour, son père disparaît. La jeune fille continue à vivre mais quelque chose est cassée. Elle ne s’en rend pas compte tout de suite. Elle est réconfortée par sa mère et se lie d’amitié avec une camarade de classe, Aïssa. La vie suit son cours mais le temps passe : Emmanuelle ne supporte pas que le souvenir de son père s’efface inexorablement. Cela devient l’histoire d’une jeune fille…
Isabelle Czajka a une habile idée de cinéma et elle s’entête à l’appliquer : son personnage d’adolescente est le sujet de chaque image. Sa caméra colle aux baskets de cette lycéenne de première. Le film qui aborde le deuil, la mort et la famille s’affirme comme un portrait. La silhouette fuyante s’affirme et devient centrale. Il y a d’ailleurs un très beau travail sur la profondeur de champs.
La vie est envahie par le flou depuis que le cocon familial s’est brisé. L’innocence s’est envolée mais l’adolescente n’avait rien demandé. C’est pourquoi on la suit dans ce décalage permanent. La réalisatrice formellement, impressionne. L’espace se conjugue avec le malaise. Au centre du film, le personnage se met doucement mais inévitablement en retrait de l’existence.
Aidée par une Ariane Ascaride combative (qui a dit comme d’habitude ?), la jeune Anaïs Demoustier porte tout le film sur ses épaules et échappe à l’interprétation démonstrative (remember L’Esquive). Son air taciturne n’empêche pas de deviner la triste évolution d’Emmanuelle.
Avec toutes ses qualités, le film d’Isabelle Cazjka aurait tout pour réjouir mais hélas, la cinéaste en fait trop avec une vision, certes originale de la banlieue (réduite à des panneaux publicitaires omniprésents) mais au bout d’une heure et demi, assez limité et presque hors de propos. On aurait préféré qu’elle approfondisse la relation entre la jeune fille et Aïssa, son unique amie, la seule à l’arracher à sa sombre torpeur.
Malgré d’évidentes qualités, il est dommage que le spectateur lui aussi tombe un peu dans le coma !
Pierre Loosdregt © etat-critique.com février 2007
© Etat-critique.com - 13/02/2007