Avec Romain Duris, Marina Fois, Niels Arestrup et Catherine Deneuve - 01h55
EuropaCorp Distribution - 3 novembre 2010
Et ta critique ?
Avec cette histoire d’avocat qui n’ose pas devenir photographe, on pouvait craindre l’ennui ; L’homme qui voulait vivre sa vie est pourtant une réussite qu’il serait dommage de manquer.
La vie de Paul Exben en ferait rêver plus d’un : avocat brillant, il a deux enfants, une femme charmante, une grosse béhème, une énorme maison … bref, notre héros possède la panoplie complète du parfait winner.
Sa réussite affichée ne l’empêche pourtant pas d’être hanté par son ambition ratée de devenir photographe. Il vit donc sa vie artistique par procuration, collectionnant les photos et poussant sa femme à écrire
Mais certains événements dramatiques vont le contraindre à prendre la vie d’un autre pour se réaliser lui-même.
Un homme qui n’ose pas vivre sa vraie vie, ne serait-ce pas par hasard l’un de ces scénarios de films français, dont se moquent allégrement les Guignols de l’info avec une certaine justesse? Vous savez, ces films sur les trentenaires qui ont peur de s’engager et qui s’atermoient pendant deux heures…
Avec l’Homme qui voulait vivre sa vie, le réalisateur montre qu’il a fait pas mal de chemin depuis Prête moi ta main(comédie sentimentale assez bien fichue) ou Un ticket pour l’espace (navet intergalactique): Eric Lartigau signe ici un film marquant qu’il aura sans doute du mal à égaler à l’avenir.
Eric Lartigau prend agréablement le temps de mettre en place ses personnages, même s’il est vrai que la deuxième partie du film (tournée au Monténégro) est beaucoup plus marquante visuellement que la première (tournée à Paris).
On se laisse porter par des acteurs justes, particulièrement pendant la deuxième partie du film, qui est la plus aboutie. Romain Duris y joue une partition délicate et se montre extraordinairement convainquant dans les scènes d’intense tristesse où ses pleurs sont poignants. Catherine Deneuve et Niels Arestrup apportent une belle touche au film, chacun représentant un futur possible pour le héros.
L’homme qui voulait vivre sa vie n’est pas un chef-d’œuvre. La faute à quelques imprécisions et essais ratés (pourquoi appuyer grossièrement sur l’ébriété du personnage en faisant tanguer la caméra ?). Le film n’évite pas non plus quelques clichés : Duris a vraiment le look de l’avocat d’affaire, puis adopte le style archétypal du photographe (veste militaire, bottes de baroudeur, appareil argentique en bandoulière).
L’homme qui voulait vivre sa vie n’est pas un chef-d’œuvre, d’accord, mais il joue dans la cour des grands et restera l’un des beaux films de 2010. Douglas Kennedy (dont le roman a servi de base au film) et Eric Lartigau dépassent magistralement le simple cadre du polard et nous proposent une histoire bien menée, même si le film manque parfois de finesse.
La mise en scène est très sobre (atone diront certains) et utilise discrètement mais efficacement les gros moyens d’EuropaCorp.
Les paysages - d’une beauté à couper le souffle - offrent au réalisateur des images magnifiques sur un plateau d’argent. Eric Lartigau, sans grands effets de caméra, réussit à créer à chaque plan une ambiance qui colle en temps réel à l’humeur du personnage.
Le film résonne impeccablement en nous et pose la question du prix de nos peurs et de nos renoncements hâtifs. Une mention spéciale pour l’une des toute dernières scènes du film, qui est tout simplement est bouleversante.