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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

L' Orgie de la Tolérance

L' Orgie de la Tolérance

Jan FABRE

En tournée mondiale

Et ta critique ?




 

Tu es tout ce que vaut ta carte Visa !

 

Le spectacle commence par un furieux concours de branlette, jusqu’à l’épuisement physique et moral des participants que des coachs impitoyables exhortent à jouir sans fin. Le ton de « L’orgie de la tolérance » est donné.

 

 

 

Au départ, on a un peu peur d’être tombé sur l’un de ces spectacles qui n’a rien d’autre à offrir qu’une irrépressible envie de choquer gratuitement. Sauf qu’ici, malgré une provoc’ délirante et pornographique, on ressort du spectacle avec une vraie réflexion sur l’obscénité et la violence xénophobe de notre société.

 

 

 

Si l’on excepte un délirant et hilarant ballet de Caddie®, Jan Fabre réserve la chorégraphie pour la fin de la représentation. Il ne se sert donc pas de la danse pour faire passer son message, mais il passe par une mise en scène beaucoup plus théâtrale que dansée.

Si Jan Fabre multiplie sciemment les scènes choquantes, il parle aussi suffisamment clair pour être entendu et compris. Ici, pas de circonvolutions intellectualo-obscures : Jan Fabre frappe direct et fort (généralement, il est vrai, au dessous de la ceinture).

 

 

 

Evidemment, il y a quelques personnes que cela chagrine et pour qui le spectacle est un supplice. Ainsi ce soir là, lorsque l’un des danseurs se met un fusil dans le cul, un spectateur a quitté la salle en lançant rageusement : « C’est curieux qu’il y ait autant de vaches inertes pour regarder des conneries pareilles ».

 

 

 

Mais est-ce Jan Fabre qui est écœurant lorsqu’il présente des hommes repus, confortablement installés dans des fauteuils Chesterfield, qui devisent de façon effroyablement raciste sur leurs trophées humains, tandis que des jeunes filles les branlent ?

Est-ce Jan Fabre qui blasphème lorsqu’il nous montre un attaché de presse voulant faire de Jésus une super star ?

Est-ce Jan Fabre qui est désaxé lorsqu’il montre des hommes et des femmes pleins de désir charnel pour des objets ?

 

 

 

Est-ce Jan Fabre qui a mauvais goût ? N’est-ce le spectacle de notre société consumériste, violente et pornographe qui donne la nausée ? Ce serait faire fausse route que considérer que le spectacle est choquant, quand c’est notre monde qui l’est.

 

 

 

Là où Jan Fabre est habile, c’est qu’en plus d’être très drôle (on passe son temps à rire pendant deux heures), il n’a pas un discours moralisateur ni culpabilisateur : il se contente de nous présenter un miroir intraitable où se reflètent pitoyablement Abu Ghraib, l'affligeante bêtise assumée, la consommation effrénée ou encore le glissement vers une droite toujours plus extrême.

 

 

 

Et je peux vous assurer que, loin de vous dégoûter, ce spectacle vous donne la pêche !

 


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 12/04/2009