Guillaume Vincent met face à face la pièce du dramaturge allemand (jugée scandaleuse au moment de sa publication en 1891) et les dessins d’Henry Darger. Une réflexion perçante sur l’éveil du désir sexuel.
Au cours des deux heures trente de la pièce, la scénographie se construit comme une suite de tableaux impressionnants et surprenants grâce aux variations infinies sur les décors et aux divers effets qui se succèdent, donnant à chaque scène une certaine autonomie stylistique et narrative.
L’Éveil du printemps raconte la fin de l’enfance et le début de l’adolescence : l’inquiétude du désir et le drame de la sexualité sont ici au centre de la réflexion. Guillaume Vincent modernise la pièce de Wedekind avec des scènes rajoutées, aux évocations multiples, des décors et des apparitions sonores contemporaines et également en laissant complètement de côté les personnages adultes. Pourtant, il garde l’esprit de l’œuvre originale en continuant de jouer sur des modifications incessantes entre genres et niveaux différents : le sublime, le grotesque, le pathétique.
Restent donc bien présents l’humour noir de Wedekind et une fidélité à son tableau sombre et lucide de la découverte de la sexualité, du bouleversement poignant qu’elle implique et de la double tragédie finale.
La représentation possède parfois quelques longueurs, son rythme est maladroitement coupé par un entracte aux deux tiers de la pièce, et les comédiens ne convainquent pas tous. Leurs corps arrivent quand même à rendre visibles les profondes agitations du début de l’adolescence, le drame subtil de cet âge et l’intense et saisissante atmosphère de l’œuvre de Wedekind : un texte à redécouvrir au Théâtre de la Colline.
http://www.colline.fr/l-eveil-du-printemps.html
Gloria Morano
© Etat-critique.com - 23/03/2010