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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

L’ Apprentie sage-femme

L’ Apprentie sage-femme

Kren CUSHMAN et Philippe CRUBéZY

Jusqu’au 31 décembre 2011 au Lucernaire

Et ta critique ?




 

Jouer salle du Paradis pour évoquer une gamine miséreuse née dans la campagne de l’Angleterre médiévale représente, pour le moins, un antagonisme intéressant.

 

Surnommée « Cafard de fumier » par la seule sage-femme du village - dite Jeanne la pointue à cause de son nez - dont elle tente d’être l’apprentie, Alice (Nathalie Bécue) narre une existence rude, entre deux humiliations, dans un pâtois où les pronoms personnels ont disparu.

 

 

 

Personnel n’appartient plus au champ lexical de cette enfant en souffrance. Alors qu’elle est aperçue par le boulanger en train de fricoter avec Jeanne la pointue, la femme de théâtre qui a joué pour Mouawad ou Chéreau rétorque : « Parle juste au chat, qui ça intéresse ». Avant de partir en gromolant.

 

 

 

C’est une prouesse physique que réalise l’ex-pensionnaire de la Comédie française, alternant les sautes d’humeur de la sage-femme, l’imitation de deux garnements humiliant « Cafard de fumier » et la détresse de celle-ci. La réussite de la pièce se situe dans cet amalgame entre humour et détresse.

 

 

 

Comment ne pas esquisser un sourire à de telles répliques : « Si un homme touche une anguille vivante, meurt celle qui a dans le pantalon » ; ou ce forain qui lance à Alice en faisant un clin d’œil : « Peigne toi tes longs cheveux jusqu’à les faire briller. Tu verras sûrement un compagnon avant ce soir ». Un sourire qui remplace un pincement au cœur lorsque la miséreuse, arpentant les allées de la foire une poignée de secondes plus tôt,  s’autopersuadait que « un beau peigne avec un chat gravé, c’est pas pour moi ».

 

 

 

Les amateurs de fin heureuse seront servis, sans pour autant tomber dans le pathos ridicule. « J’ai essayé de retranscrire une langue simple mais pas simpliste. Un récit d’énergie, de vie sinon de survie », précise Philippe Crubézy, qui a adaptaté avec maestria ce livre à la scène. Une analyse qui ramène au début de la pièce : « Personne pour échapper à sa peau. Jusqu’à quand ? »


Thomas Delavergne

© Etat-critique.com - 17/11/2011