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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

 Kronos Quartet – Ensemble Alim Qasimov

Kronos Quartet – Ensemble Alim Qasimov

Quartet KRONOS et Alim QASIMOV

le 09 mai 2010 Théâtre de la Ville - Paris

Et ta critique ?




 

Pour son 21ème concert au Théâtre de la Ville de Paris, le Kronos Quartet a présenté, à la date unique du 9 mai, un de ses derniers projets : la collaboration avec le grand chanteur azéri Alim Qasimov.

 

 

Divisé en deux parties, le concert a débuté avec deux morceaux de la compositrice azérie Franghiz Ali-Zadeh, commandées par le Kronos dans les années ‘90, bien avant la rencontre avec Alim Qasimov. La première composition , Mugam Sayagi (1993), comme son titre l’indique, évoque l’atmosphère et les improvisations de ce style musical, le mugam, typique de la tradition arabe et caractérisé par une improvisation modale. Les membres du quatuor se prêtent volontiers au jeu : aidés par un usage de la lumière qui rappelle plutôt les représentations théâtrales que les concerts classiques, ils apparaissent et disparaissent de la scène, jouent de petits instruments à percussion et plient leurs cordes aux sonorités romanesques de l’Orient. Le spectateur est subjugué.

 

Le son de légères gouttes d’eau introduit la deuxième composition d’Ali-Zadeh, Oasis (1998), toujours jouée par le Kronos, qui, par le pizzicato des instruments à cordes, reprend cette ambiance naturelle pour l’estomper, ensuite, petit à petit, rejoignant un style proche de la musique savante occidentale du vingtième siècle.

 

Alim Qasimov et sa fille Fargana font leur apparition dans un cadre à la « Mille et une nuit » : tapis couleur pourpre, coussins, costumes traditionnels, ils sont entourés par quatre musiciens aux instruments fabuleux (deux à cordes, une percussion, une clarinette et d’autres instruments à vent). L’ensemble joue un long extrait du mugam « Bayati-Shiraz ». La musique alterne des parties dansantes - pendant lesquelles les deux chanteurs s’unissent au jeu instrumental des autres par leurs tar (petit tambours avec cymbales) - à des moments où les instruments à son continu accompagnent l’expressivité vocale de Qasimov.

 

Pendant cette deuxième partie du concert les deux groupes jouent ensemble. Les morceaux appartiennent au répertoire habituel de Qasimov. Les partitions du Kronos sont arrangées par Qasimov lui-même, avec l’aide de Jacob Garchik, le compositeur newyorkais auquel le quatuor a souvent fait appel pour ses projets. L’interaction entre les deux groupes a pour but de valoriser la musique de Qasimov : le Kronos semble n’offrir qu’un accompagnement de luxe. Mis à part quelques moments où on entend le seul quatuor, la musique de Qasimov et son ensemble ne change pas beaucoup par rapport à la première partie du concert ; juste, le son des instruments et les improvisations sont peut être un peu plus contenus.

 

Le projet est certainement très agréable pour les artistes (David Harrington et Alim Qasimov se lancent souvent des regards de satisfaction réciproque) et pour le public aussi, mais peut-être il n’y pas plus : au-delà de la rencontre inédite entre deux représentants d’excellence de leurs domaines respectifs et beaucoup de plaisir, pour eux, à jouer ensemble, nous n’avons pas assisté au profond changement d’attitude artistique des musiciens impliqués qu’on aurait pu s’attendre de leur interaction.

 

Mais en regardant la variété impressionnante du répertoire actuel du Kronos Quartet, on peut très bien comprendre que le désir d’accompagner musicalement quelqu’un qu’on admire puisse avoir justifié, tout simplement, la collaboration avec Alim Qasimov. Collaboration qui, selon les espoirs de David Harrington, fondateur et directeur artistique du Kronos Quartet, ne s’achèvera pas avec un disque et des concerts.


Flavia Ruani & Lorenzo Calebotta

© Etat-critique.com - 20/05/2010