Grosse déception, Keren Ann tire à la ligne et finit par réduire à néant ce qui faisait son charme si particulier. Peu de mélodies et peu d’entrain.
Keren Ann est une magicienne. Elle arrive à transformer un tout en rien. Chapeau l’artiste !
Son dernier album compte dix titres dont une reprise d'Orfeunegro, le célèbre Manha de carnaval. Sur ce total de dix titres et sans faire de compte d’apothicaire, il faut reconnaître que seuls six se laissent écouter sans déplaisir.
Lay your head down ou In your back sont par exemple des chansons écoutables où l’on reconnaît la patte de Keren Ann, des mélodies mélancoliques portées par une voix fluette qui ferait passer Françoise Hardy pour Céline Dion.
Une chanson Where no ending ends nous restitue l’émotion des premiers instants, celle où dans le premier album de Keren Ann, nous avons découvert sa version du Jardin d'hiver qu’Henri Salvador a popularisé.
Les quatre derniers titres de cet album éponyme sont quant à eux quasi inaudibles : soit ils s’étirent comme un chewing-gum qu’on n’en finirait pas de mâcher, soit les arrangements jouent les nouveaux riches, les bidouilleurs du dimanche et finissent par recouvrir le charme ténu qui devait habiter le titre lorsqu’il n’était qu’une démo.
Faut-il même évoquer cette épreuve sonore qu’est Caspia, qui ressemble aux intermèdes "musicaux" qu’on trouvait jadis dans des émissions telles que Champs-Elysées ou Top à. Il ne manque plus que les danseurs pour se trémousser. Soyons honnêtes. Si nous avons pensé, il y a quelques années, que Keren Ann était un talent nouveau de la chanson française, plus d’un tiers de son album vient nous démentir.
Que s’est-il passé ? Est-ce le syndrôme du petit génie qui chope le melon ? Est-ce que Keren Ann, qui se flatte d’avoir trois maisons et de vivre entre plusieurs villes, ne sait plus où elle est et finit par perdre sa substance ?
Est-ce qu’elle n’a déjà, au bout de trois albums, plus rien de nouveau à nous dire ? Ce ne serait pas si grave (beaucoup d’artistes sont dans le même cas) si elle se contentait d’être honnête. L’honnêteté, croire en ce que l’on fait, voilà la seule manière de continuer à créer quand on a connu des débuts retentissants.
Mais là, on a le sentiment qu’elle se croit plus intelligente que nous et nous fourgue une marchandise périmée en nous affirmant : elles sont fraîches, mes chansons, elles sont fraîches !
Eh bien non Keren, elles sont un poil faisandées et l’auditeur de l’album se demande s’il doit encore attendre quelque chose de l’artiste ou la jeter aux oubliettes de la chansonnette...
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 13/05/2007