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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 Ken (l'ere de Raoh)

Ken (l'ere de Raoh)

Takahiro IMAMURA

Eurozoom - 14 mai 2008 - 1h40

Et ta critique ?




Ken, survivant de l’enfer de son état, revient se racheter une conduite dans le sang et les larmes après avoir été fustigé pour sa violence. Malheureusement, il faudra vraiment être nostalgique pour y trouver un intérêt quelconque.


La licence Hokuto no Ken jouit d’une certaine notoriété en France et au Japon. Déballant sans complexes des valeurs d’amitié virile et d’honneur dans un monde postapocalyptique, le dessin animé met en scène un loup solitaire, croisement entre Bruce Lee et Mad Max, qui tente de restaurer la paix à grands coups de tatanes dans la gueule.

Mais, chez nous, la notoriété n’a rien à voir avec le contenu, mais plutôt avec le contenant. C’est en effet sa programmation malheureuse sur la première chaîne dans une émission pour enfants qui a défrayé la chronique dans les années 1980. Ce que les acheteurs peu scrupuleux d’AB Productions n’avaient pas réalisé en acquérant un produit pour adultes, c’est la levée de boucliers qui allait suivre.

Assimilant ce dessin animé à l’ensemble de la production nippone sans chercher vraiment à savoir ce qu’elle représentait, les associations de parents ont tenté de faire interdire tout ce qui pouvait toucher de près ou de loin à de la violence, craignant que leurs têtes blondes ne reproduisent éviscérations, décapitations et autres actes chirurgicaux non conventionnés.

Conséquences : une censure massive au mépris des droits d’auteur et une mauvaise presse pour tout produit culturel japonais que les œuvres de Miyazaki ont eu peine à faire changer d’orientation. Alors, devant un film intact et remis au goût du jour de cette licence controversée, faut-il y voir une victoire ?

Pour les fans, certainement. Relecture du manga selon un point de vue différent, l’histoire est cohérente et apporte son lot de nouveautés tout en restant fidèle. Le trait forcé sur les visages et les silhouettes rend hommage au style particulier du dessinateur Tetsuo Hara. L’animation, quant à elle, est de bonne facture mais cela ne constituait pas un défi majeur vu la qualité brouillonne de l’original.

Pour les autres, rien n’est moins sûr, le public d’antan devra chercher très profondément sa part d’enfance pour lui permettre de passer outre les défauts inhérents au genre " combats d’honneur entre hommes virils et courageux, mais quand même sensibles " comme en témoignent les hectolitres de larmes versés pour rendre hommage au digne combattant dont on vient de disperser les morceaux et autres sacrifices christiques.

Certes la violence est là, mais certaines scènes finissent par faire rire tant leur grandiloquence et la dramaturgie sous-jacente semble fausse et superficielle. Ça se laisse voir, mais avant tout comme une curiosité.

Le choix de l’exploitation en salle par un distributeur vidéo parait ainsi complètement absurde. Pas assez consensuel pour se permettre de diversifier son public, ce premier volet de la trilogie risque de ne pas être suffisamment rentable pour justifier autre chose qu’une sortie DVD pour la suite et la fin des aventures de Ken, celui-qu’il-ne-faut-pas-chercher.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 22/05/2008