Vous l’aimez en série télé, vous le dévorez en DVD, vous l’apprécierez en bande dessinée… avant, sans doute, d’y goûter en film !
Au vu du rythme effréné de la diffusion quotidienne proposée par M6, il y a longtemps que l’on se demande où Alexandre Astier trouve le temps de mener à bien le projet Kaamelott qui repose largement sur ses épaules. Scénario, réalisation, interprétation… ses casquettes sont multiples et chacune de ces fonctions est remarquablement assurée. Ses scénarios et dialogues sont ciselés. Sa réalisation est soignée, minutieuse, voire ambitieuse. Et son talent d’acteur consommé (y compris lorsqu’il tourne pour les autres : cette année, Comme t’y es belle de Lisa Azuelos).
On imagine donc les journées du bonhomme particulièrement chargées et laissant peu de place à d’autres activités professionnelles suivies. On se trompe. Dans ses rares moments de loisir, le sieur Astier scénarise pour une bande dessinée commandée par Casterman !
Longtemps hostile à l’idée d’un "produit dérivé" surfant sur le succès de la série, il n’a cédé aux avances de l’éditeur qu’après avoir reçu l’assurance de pouvoir développer une histoire propre à l’univers dessiné. Il a surtout accepté cette idée après avoir rencontré Steven Dupré, dessinateur français installé de longue date en Belgique.
Pour le premier volume de ce qui est annoncé comme une série que l’on espère longue (sans plus de précision de la part de l’éditeur), les deux auteurs ont assuré au-delà du "minimum syndical" qui prévaut couramment lorsqu’il s’agit seulement "d’adaptation à but lucratif".
Côté Alexandre Astier, c’est bien une histoire originale qui s’installe dans les cases de cet album. Si tous les personnages de la série sont bien là (jusqu’à la Dame Blanche apparaissant dans un moment, disons… inopportun), l’histoire elle-même est très éloignée de la vie quotidienne à Kaamelott. Profitant de la liberté offerte par le dessin, l’auteur nous emmène aux frontières de l’heroic-fantasy avec une histoire étonnante de morts-vivants (ou plutôt de nécromants, pour utiliser le mot juste) que l’on ne s’attendait pas à trouver là. Pour autant, rien de ce qui fait le succès de la série n’est absent, et surtout pas les inimitables dialogues et caractères, maintenant bien définis, des personnages principaux.
Personnages principaux dont on retrouve, fidèles à eux-mêmes, jusqu’aux traits des visages qui nous sont familiers. C’est ici Steven Dupré qu’il faut créditer de la performance. On lui sait gré de prolonger, au fil des pages, le plaisir du casting impeccable de la série. Mais pas seulement. Sa maîtrise offre au lecteur un véritable album à des années-lumière de la commande de circonstance un peu négligée.
Reste à trouver le temps de suivre le rythme effréné d’Alexandre Astier et de trouver le temps de lire cette bande dessinée entre deux épisodes quotidiens de la série et les "rétrospectives" nocturnes offertes par notre lecteur de DVD. Fan de Kaamelott : un métier à temps (presque) plein !
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 12/03/2007