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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

 Juste la fin du monde

Juste la fin du monde

Jean-Luc LAGARCE et François BERREUR

du 2 Octobre 2007 au 25 Janvier 2008 Théâtre de la Cité Internationale - 75014 Paris Mise en scène de François Berreur

Et ta critique ?




 

Un dimanche en famille. Après dix ans d'absence, Louis met son plus beau smoking pour annoncer à ses "proches" qu'il va bientôt mourir.

 

Louis fait en arrivant la connaissance de Suzanne (Elizabeth Mazev), sa belle-sœur qui se débat avec des querelles familiales qui ne sont pas les siennes. Elle cherche à entamer une relation courtoise avec lui.

Les mère (Danièle Lebrun) et sœur (Clothilde Mollet) de Louis l'attendent avec impatience. Elles n'osent d'ailleurs pas lui faire (franchement) de reproches, sachant qu'il ne restera pas longtemps, pressentant (sans le savoir consciemment) que le temps est compté et qu'il faut profiter au maximum de sa présence.

La sœur n'a jamais quitté le bercail ; elle est comme ses parents casaniers, aux dimanches toujours identiques, des parents qui faisaient semblant de partir en vacances pour mieux revenir le soir car "on est mieux à la maison"! Elle en rajoute dans le côté déluré et semble rechercher l'approbation et les encouragements de Louis, le seul finalement qui ait volé de ses propres ailes.

Elle ne pourra cependant pas s'empêcher de lui reprocher, à lui dont le métier est d'écrire, de s'être contenté d'envoyer à sa famille des "lettres elliptiques", des "petits mots" écrits au dos de cartes postales (au moins aurait-il pu les choisir moins laides!).

"Nous n'avons aucun droit de te reprocher ton absence" lui dit sa sœur. Et pourtant l'ambiance est pesante, la gêne sensible: on choisit méticuleusement ses mots, on surveille ce que l'on dit, on est trop précis par peur d'être mal interprété, de blesser celui qu'on n'a pas vu depuis si longtemps et que l'on ne connaît plus. Et pourtant Louis est abreuvé de paroles, parfois blessantes souvent rancunières , et ne peut que difficilement en placer une.

Antoine (Bruno Wolkowitch qui en fait un peu trop) son frère, est atrabilaire, vindicatif et bougon. Il ne laisse parler personne, coupant la parole à tous sans cesse et agressivement. Il a tant de choses à dire sans parvenir à les prononcer : "Un certain nombre de choses à te dire depuis longtemps". Il finit, bien sûr, par exploser car il ne supporte pas que ce grand-frère ait le beau rôle alors qu'il a fui ; il ne supporte pas qu'il fasse souffrir et culpabiliser les autres en leur assénant qu'ils n'ont pas su, qu'ils ne savent pas, l'aimer.

Louis (Hervé Pierre qui se livre à un contre-emploi sympathique mais guère convainquant), lui, parle le plus souvent au public à qui il confesse sincérement le fond de sa pensée : "cette absence d'amour dont je me plains (fait) plus souffrir les autres que moi".

La salle est donc censée être complice de Louis dont elle est la seule à savoir le secret ; pourtant le spectateur finit noyé dans un flot de paroles incessant dont sort parfois une réplique choc ou un éclat de rire, mais qui tient tout de même du verbiage répétitif et finalement assez ennuyeux.

Sur la forme, on regrette le dépouillement quasi-caricatural du décor (et même si le ciel en toile de fond est magnifique). On regrette aussi les éléments pseudo-surréalistes (les comédiens qui entament quelques pas de danse entre les scènes, Louis qui monte sur le toit...) et surtout la musiquette qui transforme définitivement le flot de parole en un blablabla difficile à suivre (d'autant que l'acoustique n'est pas parfaite, et que la musique trouble encore l'audition).


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 27/11/2007