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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

 Juste la fin du Monde, (1990)

Juste la fin du Monde, (1990)

Jean-Luc LAGARCE et Michel RASKINE

Jusqu'au 03 Janvier 2010 à la Comédie Française, Salle Richelieu

Et ta critique ?




 

Juste sa fin du monde, juste la fin d’un monde… Comment regarder les choses en étant déjà de l’autre côté du miroir.

Dans Juste la Fin du Monde, on nous raconte l'histoire d'un homme, Louis, un artiste ayant réussi sa vie à Paris, qui apprend qu'il va bientôt mourir. On ne sait pas de quoi. Il décide alors, après de longues années d'absence, d'aller rendre visite à sa famille restée en province (à qui il n'a jamais vraiment donné signe de vie), dans le but de leur annoncer sa mort prochaine. Chose qu'il ne réussira pas à faire. Chose qu’il ne fera jamais.

Jean-Luc Lagarce, entré au répertoire de la Comédie Française depuis 2007 nous livre ici une très belle pièce, et dénonce le silence et les non-dits dans les familles, et que le véritable sens de la pièce est la réelle difficulté de communication au sein des familles.

Michel Raskine, ici le metteur en scène, se focalise sur le gros plan cinématographique : comme si le spectateur se trouvait dans la tête de Louis. Dans sa mémoire, plus précisément. C’est lui qui nous place à l’intérieur de sa tête. Les personnages représentant sa famille, sont des comédiens qui jouent à être des caricatures. Louis s’amuse, c’est lui le metteur en scène, le metteur en scène de sa propre vie. C’est lui qui les emmène se placer, qui les rend furieux, calmes, enjoués.

Ce qui est dommage, c’est que l’on ne comprend pas tout. On ne sait pas au premier abord si Louis est mort, et s’il revient nous montrer à nous public ce qu’il s’est passé, ou si simplement il est vivant et se constitue comme un personnage odieux et désinvolte. Une totale caricature en somme.

Le mur du monde ne s’écroule pas, puisque c’est un mur de légos. C’est un jeu.

On regrette cette idée…Le personnage de Louis doit avoir plus de fond, plus de profondeur, et son jeu ne peut pas rester entièrement dans la fausse désinvolture pendant toute la durée de la pièce. Il faut parfois savoir lâcher prise, et montrer ses faiblesses. Une scénographie et un décor presque sortie des coulisses de la Comédie Française, comme des meubles dont on n’a plus besoin et qui on été entassés au grenier depuis des années…

Pour pouvoir apprécier l’univers Lagarcien, et le comprendre parfaitement, on préférera aller voir une mise en scène, de n’importe quelle pièce de Lagarce, par François Berreur, et par la troupe des Solitaires Intempestifs…    

C’est étrange de voir ce type de mise en scène au Français, s’attendant à voir du Grand Théâtre, (avec un grand G et un grand T, et le a du théâtre que l’on allonge)…c’est dommage. Cela laisse un goût amer… et l’on se demande si l’équipe artistique a oublié que ce texte de Juste la Fin du Monde  est magnifique et qu’il mérite beaucoup plus de soin et d’attention…''Ce sont des oublis comme celui-là que je regretterai'', comme dit Louis, dans son monologue final.

Soyons positifs tout de même : cette soirée a débuté par la rencontre d’une classe d’Option Théâtre, qui pique-niquait dans les couloirs de velours rouge de la Comédie Française, grand moment pour eux, et qui débattaient sur le sens de la pièce, ayant déjà travaillé sur Lagarce, qui est au programme du bac Option Théâtre depuis deux ans. (Les ayant revus en fin de soirée, ils étaient furieux, désespérés. Il y en a même un qui m’a dit ne pas avoir compris pourquoi la Comédie Française joue à jouer le Théâtre de Province, parce qu’elle joue du Théâtre Contemporain.)

Deuxième point : Catherine Ferran (La Mère) et Laurent Stocker (Antoine), sur scène, c’est tout de même quelque chose… !

Juste la Fin du Monde, de Jean-Luc Lagarce
Mise en scène de Michel Raskine, (reprise)
Avec Pierre Louis-Calixte (Louis), Laurent Stocker (Antoine), Catherine Ferran (La mère), Julie Sicard (Suzanne), Elsa Lepoivre (Catherine)

 


Catherine Sibylle

© Etat-critique.com - 25/12/2009