Face à un succès critique et commercial, la tentation de trouver des filiations improbables est grande (ici, avec Little Miss Sunshine). Heureusement, ce film indépendant au goût doux-amer tient un minimum la comparaison.
Il existe des corps de métiers qui exigent d’avoir vendu son âme au diable en guise de serment. On pourrait citer l’homme politique, le proxénète, le vendeur d’armes, le dictateur, le tueur en série et enfin le marketeux chargé de la promotion d’un film.
Ce dernier est capable des pires bassesses pour arriver à ses fins : parler du film le plus terrifiant depuis Shining pour vendre un sous-produit où des adolescents ensanglantés courent et crient, et inversement ; refléter la qualité de l’œuvre par la personne qui y a le moins collaboré artistiquement (le producteur) ; utiliser sans vergogne les meilleures (voire parfois les seule bonnes) scènes dans la bande-annonce en nous promettant toujours plus ; et enfin faire des analogies stupides entre deux longs-métrages qui n’ont pas grand chose à voir entre eux.
Parlons tout des suite des ressemblances avec Little Miss Sunshine pour passer à autre chose : ce sont deux films indépendants américains, ils sont centrés autour d’une famille middle class et il y a du folk dans la bande originale.
Nous suivons donc les aventures d’une jeune collégienne qui tombe enceinte après avoir cédé aux avances hormonales de son meilleur ami. Décidée à ne pas garder la future marmaille, elle se rend chez un couple modèle cherchant désespérément à adopter. Entre les préparatifs de la transaction et les affres de la maternité précoce, les situations tragi-comiques vont se multiplier jusqu’au dénouement attendu.
Attendu car les quelques bonnes idées de mise en scène semblent perdues dans un océan de réalisation conventionnelle. Attendu encore, car malgré un ton relativement anti-puritain, la morale est trop naïve pour être honnête. Attendu enfin, car on est face à une réflexion standard sur la famille et le bonheur ordinaire.
Malgré tout, les acteurs ne surjouent pas et rendent crédibles des situations qui le sont difficilement. Parfait exemple, Ellen Page se débrouille plutôt bien dans son personnage d’adolescente sarcastique et intrusive (on pense avec nostalgie à la série animée Daria). Elle n’est heureusement pas seule grâce à une Jennifer Garner dont le coté hystérique tendance cocker paranoïaque sous LSD sert enfin à quelque chose, cinématographiquement parlant.
Nous avons donc les ingrédients traditionnels de la comédie un peu trash mais quand même gentille : du cynisme avoué, de la déprime tournée en dérision, une jeunesse désabusée en révolte contre la société et une critique sociale plus ou moins fine selon les moments. Cela dit, l’ensemble reste moins acide et moins maîtrisé que son modèle autoproclamé par des gens en costard qui n’ont pas du voir le film. Pas de quoi bouder son plaisir pour autant, en cette période de vaches maigres.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 06/02/2008