Chaque roman de Nick Hornby est
un événement. Juliet, naked, est une nouvelle preuve de son talent et
du bonheur que l’on a à s’embarquer dans son univers littéraire et musical.
S’il existe une passion
partagée également par Nick Hornby et ses lecteurs les plus enthousiastes,
c’est celui de veiller à tout ranger soigneusement dans des catégories
scrupuleusement étiquetées. Y compris eux-mêmes. C’est ainsi que ce sémillant
quinquagénaire britannique occupe, pour l’éternité, la case "écrivain
foot-rock" (comme on peut parler ailleurs de "musicien
pop-rock", par exemple).
Ses faits d’armes ?
Pour son côté foot : Carton jaune, en 1992 ; roman dans lequel il aborde
son amour du football et son fanatisme pour l'équipe londonienne d'Arsenal.
Pour son côté rock : Haute fidélité, en 1995 ; l’histoire d’un
passionné obsessionnel de musique qui rencontre plus de succès avec sa
collection de disques (et ses listes) qu'avec les femmes. Ou encore 31 songs, en 2003 ; un essai sur ses
chansons pop et rock préférées, et sur les émotions qu'elles suscitent en lui.
Cette classification semble
d’ailleurs lui convenir à merveille puisqu’il affirme lui-même, sans complexe,
que : "l'esprit masculin fonctionne principalement au sport et au
rock’n' roll". Et si la sentence semble un peu lapidaire, on ne peut
toutefois raisonnablement lui donner tout à fait tord, quitte à prendre le
risque de le laisser passer pour un simple auteur générationnel. Or Nick Hornby
est bien plus que cela : un écrivain contemporain à l’humour grinçant,
chantre de la culture pop.
C’est dans cette veine que
s’inscrit pleinement Juliet, naked. Petit chef d’œuvre d’un artisan au sommet
de son art, il y réuni tous les ingrédients qui ont fait son succès (amour,
humour, tendresse, rock) et les accommode avec un savoir-faire qu’il est seul à
pouvoir revendiquer aujourd’hui.
On y trouve ainsi une
ennuyeuse petite ville balnéaire du nord de l’Angleterre, où Annie,
conservatrice du modeste musée local, se demande ce qu’elle a fait de ses quinze
dernière années. Après tout ce temps, sa vie de couple avec Duncan,
prof et contributeur acharné au site consacré à Tucker Crowe – le (presque)
célèbre chanteur rock Américain des 80’s, retiré du circuit du jour au
lendemain à la suite d’une mystérieuse "révélation" survenue dans
un club de Minneapolis où il était allé voir le concert d’un groupe de seconde
zone – lui pèse de plus en plus. Leurs dernières vacances aux Etats-Unis sur
les traces de l’idole et la sortie inattendue d’un nouvel album, Juliet, naked,
mettent le feu aux poudres.
Leur rupture ne sera
pourtant pas aussi simple que prévu et Tucker Crowe y jouera un rôle d’autant
plus extraordinaire que, contre toute attente, cet éternel fantôme va refaire
surface au moment et en un lieu plus des plus improbables !
Par petites touches, avec ce sens du détail et de
l’humour qui sont sa marque de fabrique, Nick Hornby construit un conte de fée
pour adulte dans lequel les grands rêves donnent naissance à de petits
miracles… qui s’accompagnent toujours de ce qu’il faut de réalisme pour
conserver la crédibilité indispensable à ses romans. Il en résulte un immense
plaisir de lecture et une pointe de jalousie de ne pas avoir écrit soi-même ce
roman. Comme chaque fois avec cet auteur !
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 24/05/2010