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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

 Jules et Marcel

Jules et Marcel

Pierre TRé-HARDY

Avec Michel Galabru et Philippe Caubère - Adaptation de Pierre Tré-Hardy - Mise en espace de Jean-Pierre Bernard - Du mardi au vendredi et dimanche à 19h, jusqu'au 20 mai 2009 - Théâtre Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris

Et ta critique ?




Michel Galabru et Philippe Caubère font renaître, sur scène, Raimu et Pagnol (Jules et Marcel) au travers de leurs échanges épistolaires. Accent, humour et émotion sont au rendez-vous.


Marcel Pagnol et Jules Raimu, son acteur fétiche, ont entretenu une correspondance nourrie, de leur rencontre en 1929 à la mort de Raimu en 1946. Pierre Tré-Hardy, a obtenu l’accord des familles pour aller fouiller dans leurs archives et reconstituer une sorte de dialogue à distance entre deux monstres sacrés de leur époque. Le premier, brillant écrivain maniant à merveille la langue et la rhétorique la plus subtile. Le second, Marseillais têtu et susceptible aux idées bien arrêtées et à la faconde inimitable.

C’est lors d'une lecture au Festival de la correspondance de Grignan en 2007, que la force théâtrale de ces lettres est apparue comme une évidence et qu’est né ce spectacle. Michel Galabru y tenait déjà le rôle de Raimu tandis que Jean-Claude Carrière (dont la ressemblance avec l’auteur de la trilogie marseillaise est assez troublante) y interprétait Pagnol. Pour cette reprise, Philippe Caubère abandonne ses monologues pour retrouver un partenaire immense avec lequel il n’avait jamais joué.

Mise en scène minimaliste (une table et chaise pour chaque acteur), liant assuré par un narrateur complice, les deux compères sont prêts à “s’affronter” à distance. Galabru oscillant entre improvisation et truculence, Caubère optant pour un ton plus mesuré mais maniant avec dextérité la malice et l'ironie bienveillante.

L’essentiel de leurs échanges tient à la carrière cinématographique des œuvres de Pagnol. Quel acteur pour quel rôle ? Quel metteur en scène ? Quel cachet ? Mais si les sujets sont gentiment anodins, la plume des deux amis est singulièrement acérée. Petit florilège : “Mon cher Jules, il faut que tu sois bougrement fâché avec moi pour ne pas répondre à une lettre injurieuse qui n’avait d’autre but que de commencer une dispute…” ; “Tu te prends une fois pour Napoléon, une fois pour César, et si tu te prenais une fois pour Raimu ?” dit Pagnol “Oh ça, je n’oserais jamais !” répond Raimu... ou encore “Quand un sudiste se fâche avec un autre sudiste, c’est une preuve d’estime.”

En une heure dix d'humour intelligent, d'accent chantant, d'émotion, de tendresse et d'estime réciproque, Jules et Marcel parviennent tout à la fois à redonner vie à un passé enfui, à ensoleiller la nuit parisienne et à faire chanter les cigales sur le boulevard des Batignolles.


Jules Hégime

© Etat-critique.com - 04/04/2009