Après le très réussi Et l’homme créa la femme, Frank «Yoda» Oz s’égare dans une comédie faussement british dont les bonnes idées finissent par tourner en rond.
On pourra toujours critiquer la Grande-Bretagne pour sa cuisine, le hooliganisme, Margaret Thatcher (d’autant plus avec la pénurie laitière actuelle) et la famille royale. Cependant, en toute bonne foi, il faut reconnaître qu’en matière d’humour la patrie des Monty Pythons ne connaît aucun rival. En dehors de la communauté juive new-yorkaise.
Nombreux sont les cinéastes qui ont essayé de disséquer la production audiovisuelle anglaise pour trouver la recette miraculeuse de ces comédies qui marient si bien noirceur, férocité et finesse. Devant les nombreux naufrages, ils se sont rendus à l’évidence : n’est pas anglais qui veut. Mais est-ce vraiment dans le patrimoine génétique insulaire que réside ce secret si bien gardé ?
Devant le dernier film de Frank Oz, on ne peut que constater que le sens de l’humour ne connaît pas le principe du droit du sol. D’origine britannique mais américain d’adoption, la perfide Albion ne pardonne pas cette infidélité au pauvre Frank.
Filmé en Angleterre avec des acteurs anglais sur un scénario anglais, on est pourtant loin de la qualité britannique. Si l’habit ne fait pas le moine, voyons donc ce qui se cache derrière la robe de bure. Au figuré bien sûr.
Le scénario ? Un enterrement dont l’organisation est un désastre, une famille qui compte son lot de personnages atypiques, un charme très gentleman farmer, des situations cocasses. Les ingrédients sont là, mais la sauce n’arrive jamais vraiment à prendre du fait de l’introduction de corps étrangers (américains en l’occurrence) en matière d’humour.
Etait-il nécessaire d’introduire de la gaudriole scatologique ou une séquence nécrophile avec un nain homosexuel ? Il aurait été plus intéressant d’assurer la fluidité du récit afin d’éviter cet effet d’enchaînement calculé de gags lourds ponctués par des silences tout aussi légers. Métaphoriquement cela revient à faire mariner un cheeseburger dans du porridge.
Les acteurs peut-être ? On les sent perplexes, perdus dans une comédie dont ils ne perçoivent pas bien les repères. Pourtant ils font des efforts les bougres. Ils courent, crient, titubent, déclament et se lamentent. Mais là où le bas blesse, ce sont les dialogues sans relief où le cynisme est circonstanciel (summum de l’ironie).
Faute d’inspiration, les comédiens patientent en attendant le moment où le réalisateur criera « Coupez ». Le bêtisier final montrera qu’il régnait une atmosphère détendue et comique sur le plateau. Dommage que la caméra n’était pas plus présente dans ces moments-là.
Vous étiez conviés à de joyeuses funérailles mais le faire-part était trompeur. On ne vous en voudra pas de décliner l’invitation.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 21/09/2007