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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

 Joy Division

Joy Division

Pierre RENé-WORMS

Agnès B - 3 et 6, rue du Jour - 75001 Paris - Jusqu’au 6 octobre 2007

Et ta critique ?




18 décembre 1979. Joy Division est à Paris pour un unique concert aux Bains-Douches. Pierre René-Worms immortalise cette journée, mais n’expose qu’aujourd’hui la quarantaine de clichés inédits qu’il prend à l’époque.


L’histoire est ainsi faite qu’elle circonscrit parfois un talent universel à un lieu unique. Ainsi en va-t-il de la seule incursion parisienne de Joy Division, le 18 décembre 1979. Un hôtel rue Turbigo, un concert aux Bains-Douches et, entre les deux, une après-midi offerte à Pierre René-Worms pour une session photo qui prendra pour décors la rue Saint Denis, le Forum des Halles et l’église St Eustache.

Dès lors, l’exposition de la quarantaine de clichés inédits sélectionnés par le photographe ne pouvait avoir lieu ailleurs que dans le quartier des Halles, encore hanté par le fantôme de Ian Curtis. Ce sont les deux boutiques Agnès B. de la rue du Jour (dont celle située au 3 existait déjà à l’époque) qui accueillent donc naturellement cet événement concomitant avec la sortie en salle du superbe film d’Anton Corbijn consacré au groupe de Manchester.

En poussant les portes de cette belle adresse de la mode parisienne, vous prendrez certes le risque de passer pour une fashion victim, mais vous recevrez surtout de plein fouet le souffle nostalgique, noir et blanc de photos émouvantes de simplicité et de disponibilité.

D’abord une quinzaine tirages comme autant de témoignages muets et pourtant terriblement évocateurs de l’errance hivernale de musiciens en sursis. Fragilité touchante, absence éthérée, angoisse palpable des heures d’avant concert.

Et puis, comme en contrepoint paroxystique, la capture de la prestation brûlante, épileptique offerte ce soir-là dans la salle parisienne. Une série de prises de vue en plan serré qui donne une idée précise du degré d’incandescence que le quatuor glacé du nord de l’Angleterre savait insuffler à sa musique tendue à l’extrême.

Point d’orgue de cette belle exposition, quelques photos en couleur d’un Ian Curtis en transe, possédé par son interprétation comme il l’était par son mal de vivre, son incapacité à assumer une existence qui le torturait sans relâche. Il lui restait alors exactement cinq mois à vivre avant de mettre fin à ses jours, le 18 mai 1980.


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 28/09/2007