18 décembre 1979. Joy Division est à Paris pour un unique
concert aux Bains-Douches. Pierre René-Worms immortalise cette journée, mais
n’expose qu’aujourd’hui la quarantaine de clichés inédits qu’il prend à
l’époque.
L’histoire est ainsi faite qu’elle circonscrit parfois un
talent universel à un lieu unique. Ainsi en va-t-il de la seule incursion
parisienne de Joy Division, le 18 décembre 1979. Un hôtel rue Turbigo, un
concert aux Bains-Douches et, entre les deux, une après-midi offerte à Pierre
René-Worms pour une session photo qui prendra pour décors la rue Saint Denis,
le Forum des Halles et l’église St Eustache.
Dès lors, l’exposition de la quarantaine de clichés inédits
sélectionnés par le photographe ne pouvait avoir lieu ailleurs que dans le
quartier des Halles, encore hanté par le fantôme de Ian Curtis. Ce sont les
deux boutiques Agnès B. de la rue du Jour (dont celle située au 3 existait déjà
à l’époque) qui accueillent donc naturellement cet événement concomitant avec
la sortie en salle du superbe film d’Anton Corbijn consacré au
groupe de Manchester.
En poussant les portes de cette belle adresse de la mode
parisienne, vous prendrez certes le risque de passer pour une fashion victim,
mais vous recevrez surtout de plein fouet le souffle nostalgique, noir et blanc
de photos émouvantes de simplicité et de disponibilité.
D’abord une quinzaine tirages comme autant de témoignages
muets et pourtant terriblement évocateurs de l’errance hivernale de musiciens
en sursis. Fragilité touchante, absence éthérée, angoisse palpable des heures
d’avant concert.
Et puis, comme en contrepoint paroxystique, la capture de la
prestation brûlante, épileptique offerte ce soir-là dans la salle parisienne.
Une série de prises de vue en plan serré qui donne une idée précise du degré
d’incandescence que le quatuor glacé du nord de l’Angleterre savait insuffler à
sa musique tendue à l’extrême.
Point d’orgue de cette belle exposition, quelques photos en
couleur d’un Ian Curtis en transe, possédé par son interprétation comme il
l’était par son mal de vivre, son incapacité à assumer une existence qui le
torturait sans relâche. Il lui restait alors exactement cinq mois à vivre avant
de mettre fin à ses jours, le 18 mai 1980.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 28/09/2007