Copieux croisement d’un drame victorien et d’une épopée fantastique, la rencontre entre deux magiciens fait des étincelles et évite les clichés de Harry Potter.
La magie est un art. Oubliez rapidement Poudlard et son héros à lunettes. C’est un art ancestral qui s’apprend dans les livres et sans faire preuve d’héroïsme, on peut être un magicien de renommée.
C’est le cas du sage Gilbert Norrell. Homme discret, il est invité dans la haute société anglaise durant les guerre napoléoniennes. Il va s’en mêler d’ailleurs et remporter des victoires importantes contre les Français.
Il va vite se faire remarquer et devenir un personnage notable. Il ne remarquera pas l’ascension irrésistible de Jonathan Strange, jeune homme ambitieux qui croit au mysticisme et particulièrement au Roi corbeau.
Strange devient l’élève de Norrell mais les points de vue divergent sans arrêt. Taciturne, Norrell est peu à peu écarté par la cour et Strange semble plus facile : c’est lui qui va régler la bataille de Waterloo. Les deux hommes se chamaillent mais ne voient pas une sombre menace bien plus grave…
Sur plus de mille pages, Susanna Clarke nous promène dans une saga faite de micro événements de divers importances. Elle installe la magie sur la place publique dans la société britannique du XIXe siècle. Elle décrit avec gourmandise les us et coutumes politiques. Elle se laisse aller à des descriptions de guerres fascinantes.
Elle fait du Jane Austen avec une bonne dose de fantastique, de délires gothiques et des amours contrariés entre vivants et morts. Susanna Clarke ne manque pas de générosité et c’est bien le problème : c’est un peu trop copieux pour le lecteur. Cette saga embrasse trop de genres et de temps en temps, on se demande ce que l’on est en train de lire.
Heureusement les personnages sont bien croqués. Norrell a du style et son irascible personnalité provoque des catastrophes mais aussi de belles émotions. Le livre, dense et pas toujours facile, possède ce charme anglaise délicieusement ironique.
On aurait aimé un tour de magie pour arriver à bout du pavé, mais on ne regrette pas cette longue lecture qui taquine une mythologie infantilisé par JK Rowling. Salvateur mais longuet!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 30/05/2009