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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 John Rambo

John Rambo

Sylvester STALLONE

Avec Sylvester Stallone, Julie Benz, Paul Schulze et Matthew Mardsen – Metropolitan filmexport – 6 février 2008 – 1h30

Et ta critique ?




Il a donné un nom à Rocky l’année dernière. Cette année, il rappelle que Rambo a un prénom. Cependant le quatrième volet de cette saga guerrière possède aussi une appellation particulière : navet touchant.


A 60 ans, Sylvester Stallone recycle très habilement sa carrière. Après des années 90 poussives (malgré l’épatant Demolition Man à réévaluer le plus vite possible), il s’est refait l’année dernière avec un ultime épisode de Rocky, sensible et émouvant.

L’acteur est revenu de loin, de la frénésie des années 80 et des bides des années 90. Il est étonnement clairvoyant et il s’amuse à repenser ses propres mythes. Après le boxeur, c’est au tour de Rambo de ressortir de l’ombre. Pour un lifting nettement plus ambigu.

Car Rambo, l’amour c’est pour les mauviettes. Bien entendu qu’il a un petit cœur qui veut dire je t’aime mais il ne faut pas pousser : Rambo, il aime bien défoncer la tronche de méchants oppresseurs, pédophiles et partouzards.  Ca tombe bien : en Birmanie, il y en a toute une compagnie, qui ne fait rien d'autre que tuer et violer des pauvres paysans.

L’injustice, Rambo ne la supporte pas. Exilé au fond de la Thaïlande, il ressort son arc, ses flèches et son sens de la stratégie : démolir tout ce qui a une arme et des mauvaises intentions. Mais cette fois ci, Rambo n’est pas au service de la liberté, si chère aux conservateurs et aux faucons américains. Il veut juste sauver une blonde idiote et religieuse. Rambo déteste les militaires birmans mais méprise aussi l’Amérique pentecôtiste et missionnaire.

Pessimiste, Rambo est désormais un gros type balourd mais doué pour faire des gros trous dans les corps et les chairs. A ce niveau, l’ancien du Vietnam n’a rien perdu de son efficacité : le film est une belle boucherie. Bien énervé, notre Johnny décapite, découpe, broie, explose, machouille et étripe tous les soldats qui sont sur sa route.

Le spectacle retourne le bide mais Stallone renie l’esthétisme des deux précédents volets : la guerre, c’est moche et franchement dégueulasse. Stallone détruit le mythe de guerrier intrépide et idéologique. L’acteur n’est plus qu’un corps usé au visage déformé. John Rambo est une œuvre intrigante.

Il faut l’avouer aussi : c’est un nanar. Fait loin des studios, le film rappelle les grandes heures du cinéma Z italien avec deux bateaux, trois camions, un camp en bambou et des acteurs locaux transparents. La violence fatigue rapidement. La réduction du propos à trois grognements maussades du héros limite l’intérêt. Et les clichés sont les mêmes que des milliers de navetons pour le marché de la vidéo (la société de production est Nu Image, gros pourvoyeur en séries Z prétentieuses).

John Rambo est donc le film qui n’était pas à faire mais qui reste un désir de comédien au crépuscule de sa carrière. La démarche est respectable, le résultat nettement moins ! Après la Birmanie, espèrons que le GI ne voudra sauver le Darfour!


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 07/02/2008