Jo et Joséphine, mis en scène par Rubia Matignon d’après le livre de Jacques Pessis, se joue à l’Espace Créatif Pierre Cardin jusqu’à fin décembre. Une comédie musicale en énergie qui mérite une attention particulière, ne serait-ce que pour la formidable prestation de Grégory Baquet.
"Jo et Joséphine" commence à la veille des années cinquante. Joséphine a connu la guerre, où elle a fait preuve d’une conduite héroïque en profitant de ses tournées pour jouer les agents de renseignements au service de la Résistance. Cette "Joséphine", comme de nombreux artistes ayant connu ces années guerrières, n’a plus rien à voir avec celle de "La Revue Nègre". Si sa gloire et sa réputation dans le monde entier demeurent intactes, elle a beaucoup changé au fond d’elle-même. Le doute s’est installé, notamment sur le sens de ses prestations scéniques qui lui paraissent alors pleines de futilité au regard de ce que la vie peut provoquer comme malheur. Au revoir les ceintures de bananes, adieu les grimaces !
La pièce démarre sur une scène de cabaret et va jusqu’à l’achat des "Milandes", château dans lequel Joséphine adoptera des enfants des quatre coins du monde. Jo Bouillon dirige un orchestre de danse quand la rencontre a lieu. Il s’aperçoit qu’elle est dans la salle et décide de la faire monter sur scène. Ovation. Admirateur depuis des années, il conserve toutes les chroniques sur Joséphine, et entreprend alors de la faire remonter sur scène avec une rare bienveillance.
Ce spectacle joué à l’Espace Créatif Pierre Cardin a déjà été joué à Monaco. Et pour cause, à la fin de sa vie, la princesse Grace, prise d’affection pour la chanteuse, lui donnera l’occasion plus d’une fois de « briller dans le ciel bleu de Monte-Carlo » pour reprendre la citation de Brialy, et de finir dignement sa carrière d’artiste avec de nombreux galas lui permettant d’être, entre autres, élue femme de l’année en 1973.
Si le spectacle retrace quelques éléments biographiques en début de spectacle qui ralentissent un peu le départ, la suite permettra à chacun de prendre un grand plaisir. Avec une moyenne d’âge très jeune, les musiciens, Joséphine, les deux danseurs Kenny CESAR et Steeve Lope Da Vega et surtout Jo, Grégory Baquet - qui tient la scène et la fait avancer à son rythme - le spectacle explore avec gaieté la conquête à petits pas du couple.
Si on aimerait peut-être que la ravissante Joséphine, Aurélie Konate, soit davantage au service du culot scénique que de la plastique de la Joséphine-star, notamment dans la scène de la danse tribale déjà réussie, on sera totalement séduit par le timbre et la qualité de jeu de Grégory, moustache à la Clark Gable, manipulant avec humour et distance le personnage de Jo. Les danseurs déploient une grande énergie qui résonne avec le plancher, donnant à cette scène des allures de cabaret réaliste. Les musiques permettent de retrouver les airs les plus connus. Les chorégraphies de Glyslen Lefever mélangent danse contemporaine, esprit battle du hip-hop, et images de corps du passé. Quelques anachronismes et décrochages également parsèment l’écriture, tous les ingrédients nécessaires à un spectacle grand public qui permettra à chacun d’y trouver son compte. Le spectacle finit d’ailleurs en chanson comme au cabaret !
Une jeune et belle réussite à voir.
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 25/11/2007