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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 Je t'aime moi non plus

Je t'aime moi non plus

Maria DE MEDEIROS

Colifilms - 09 mai 2007 - 2h06

Et ta critique ?




Ce documentaire qui explore les relations ambiguës entre réalisateurs et critiques de cinéma reste très classique dans sa facture et son propos mais ravira tous les cinéphiles avertis.


Comment peut-on rédiger une critique sur un documentaire qui parle du métier ? Après avoir entendu tant de témoignages contradictoires, il faut reconnaître que l’on doit choisir ses mots avec prudence.

Commençons par le plus objectif (donc le plus facile) : Je t’aime… moi non plus est un recueil d’entretien paritaire entre des réalisateurs et des critiques de cinéma de nombre de pays différents. Ceci étant fait, il va falloir remonter ses manches et aller un peu plus en profondeur.

Pendant le festival de Cannes, des plages de la croisette aux chambres d’hôtel, Maria de Medeiros va capturer des phrases dans les deux camps et proposer un montage austère qui a cependant le mérite de ne pas être partial.

Souvent proposés en alternance, les plans rappellent étrangement un débat politique où chacun se justifie face aux accusations des autres. On en viendrait presque à penser que l’égalité du temps de parole est motivé par le refus d’être critique face à l’un des deux camps.

La presse écrite française est fortement représentée de la plus générale (Le Monde, Libération, l’Humanité,…) à la plus spécialisée (Les Inrocks, Les Cahiers du Cinéma). Ce constat peut paraître neutre mais il apparaît manifestement que si la prose écrite peut s’apparenter à de la création, Le Masque et la Plume — seul exemple de critique hors presse — vise la destruction pure et simple.

Les habitués de cette célèbre émission radiophonique ainsi que ceux de Ca Balance à Paris et consorts savent qu’il s’agit plus souvent de spectacles de divertissement (en l’occurrence de tauromachie) que de débats culturels, mais il manque peut être un avis contradictoire. Au temps pour l’impartialité.

L’aspect international apporte un réel souffle d’air frais et permet de comprendre comment les différences culturelles qui influencent le septième art (alors qu’on parle d’industrie aux Etats-Unis, pour dire) affectent également le journalisme. Quant à elles, les anecdotes des participants (de grande renommée pour les initiés) et les petites tranches de vie artistiques permettent de détendre une atmosphère parfois tendue.

C’est que, comme le titre l’indique, le documentaire présente ces interactions comme une relation amoureuse entre coups de foudre, souvenirs des premières fois, petites et grandes trahisons ainsi que des ruptures douloureuses. Si les mots des critiques sont durs sur le papier, ceux des réalisateurs le sont encore plus sur la pellicule. Question de terrain favorable, il faut croire. Ces êtres qui ne se ressemblent pas et qui ne se croisent presque jamais sont malgré tout condamnés à vivre ensemble.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 12/05/2007