1979 : le tout jeune Roland assiste en Normandie à son premier concert de rock. Debout devant la scène, il prend sa première dose de décibels, d’énergie pure, de sueur dégoulinante, de provoc’ et apprend sur le tas ce que pogoter veut dire. Et c’est un groupe français nommé Starshooter qui aura eu raison de son pucelage, mémorable première fois d’une longue série à venir.
À l’époque, sur le modèle Beatles/Rolling Stones, il fallait être Téléphone ou Starshooter ; Roland avait donc choisi son camp : il serait Starshoot’. Starshooter, emmené par un pantin désarticulé, allumeur de salle, qui courait partout, se roulait par terre en enchaînant sans faiblir les Betsy party, les Loukoum quel scandale (...j’ai vu ton cul dans l’journal), les Quelle crise baby et les Ma vie c’est du cinéma, un petit lyonnais de 22 ans, bête de scène, boule de nerfs : Kent Cokenstock.
Et puis, quand Starshooter a essayé de donner un peu de corps, d’ambition et de qualité à son œuvre (avec l’excellent album "Fatigué", notamment), eh bien le public et les maisons de disques les ont lâchés.
Kent, artiste complet (il est également très talentueux dessinateur, auteur de BD reconnu, illustrateur…) a continué la route en solo, quittant celle du rock pur et dur pour celle de la chanson française à textes.
Depuis 1983, il nous touche avec des morceaux pleins de poésie, d’intelligence et d’émotion, qu’on découvre et qu’on aime au fil d’albums sans concession.
Kent ne recherche pas le tube, ne court pas après le succès (inégal, d’ailleurs d’un disque à l’autre) ; il crée comme il l’entend, au propre et au figuré. Et c’est cette pureté d’incorruptible qui est la marque de fabrique de son œuvre. Vous ne le verrez jamais à la télé, ou si peu. Il se tient soigneusement à l’écart des grand-messes du show biz et des opérations de béni-oui-ouisme qui en découlent systématiquement. Il voit clair, Kent. Il prend des risques. Alors, bien sûr, vous le verrez peu dans les médias.
Homme de scène, d’instinct, confiant dans l’inconscient et dans le spontané, Kent a enregistré ces 12 chansons d’une façon originale : 3 soirs de suite, avec son groupe, il les a tout simplement jouées devant un public réduit. Puis les bandes ont été retravaillées en studio. Mais l’essentiel était dans la boîte : cette ambiance, cette voix, ces enchaînements.
Le disque a de bout en bout une personnalité, un son et un cachet formidablement émouvants par leur caractère profondément humain.
L’orchestre, emmené par l’extraordinaire accordéon d’Arnaud Méthivier - quel instrument quand il est maîtrisé comme ça ! - se mêle joliment au timbre caractéristique de la voix de Kent.
Les textes pleins de la poésie simple et touchante des petits moments de la vie épousent les subtiles mélodies .
Ce disque est un beau disque, sincère, profond et attachant, à l’image de son auteur-compositeur, dont la sauvage énergie des débuts s’est transformée en chaleureuse sagesse.
Roland Caduf
© Etat-critique.com - 17/10/2010