Rendez-vous du côté de la rue Quincampoix à Paris, dans un salon de thé. Canapé rouge en velours, table basse en bois exotique. Mon mini-disque mouline... Je l’interromps de temps en temps pour la gravure… Un Perrier-citron pour chacun en face de nous…Un micro pour un long entretien, quelques jours avant les concerts à l’Européen, pour mieux connaître Oshen et la fabrique de son deuxième album qui sort le 21 mai Je ne suis pas celle …
1. Bonjour Oshen, pas trop stressée à quelques jours de la sortie de l’album et de votre concert à l’Européen ?
- Ca va. Non, c’est un peu le rush, mais non, je suis ravie, je me languis de faire ces deux soirs à l’Européen. On a commencé la tournée depuis le mois de mars. Du coup, on a rodé le spectacle. Tout est nouveau : on a changé l’équipe des musiciens et on joue surtout le nouvel album ; c’est encore un peu frais. J’aurais bien aimé avoir cinq ou six dates en plus avant l’Européen pour être vraiment prête mais en même temps on n’est jamais prête…donc… Faut se lancer !
2. Vous avez commencé les concerts. Quel est le premier accueil du public ?
- Ca se passe super bien, je suis vraiment contente. J’avais un peu la trouille parce que par rapport au premier album où dans le spectacle il y avait des choses très rigolotes, on va dire, un peu dans le sketch. Là, c’est quand même plus posé plus intimiste. Mais les gens ont l’air d’apprécier les chansons, on a fait de bons concerts. A Lyon, on a eu une standing ovation à la fin alors que les gens ne connaissaient pas les titres, ça fait donc très plaisir. Ca signifie qu’ils ont accroché à cette nouvelle ambiance…
3. On va commencer tout de suite par les questions faciles…
- Parce il y en a des difficiles ? (Gorgée de Perrier citron)
- Non... non… Depuis 2005, avec la sortie de Don juan repris ensuite par V2, il s’est passé du temps. En même temps, 2 ans c’est très court pour un nouvel album…
- Oui c’est rapide…
Le deuxième fait souvent peur aux artistes, peur de resservir la même recette, peur d’aller vers l’ailleurs… Quel est ton ressenti sur le travail accompli depuis ton album précédent ?
- J’ai pas eu du tout de peur de cet ordre là. Pour le premier album, cela faisait huit neuf ans que j’avais commencé le projet et que j’écrivais des chansons alors quand il a s’agit de faire un disque, j’ai pris les meilleures chansons que j’avais écrites depuis le début et les ai mises dessus. Mais quand je les ai écrite je ne pensais pas à l’album, je pensais juste à : il fallait que ça sorte !... Alors que pour le deuxième, je l’ai vraiment conçu comme un roman, sachant qu’il allait exister, avec des moments tristes, des moments gais, des moments plus narratifs, plus poétiques, mais avec un fil rouge, une continuité. C’est vraiment un autre exercice. J’ai eu moins de temps pour l’écrire. Il y du coup peut-être plus de cohérence dans l’écriture que dans le précédent. Et puis, maintenant, c’est le bonheur de pouvoir faire des disques, vivre de sa musique. Oui c’est ça, le premier était davantage une carte de visite. Un patchwork, je voulais un peu tout mettre dedans. Et là, le deuxième, j’ai plutôt pris un parti pris à un moment donné d’une couleur d’ensemble. C’est davantage un exercice de style avec des chansons plus sincères et qui me tiennent à cœur.
4. Comment définirais-tu ton deuxième album ? Il y a de nombreux effets vocaux avec des fins de morceaux qui partiraient presque sur du scat. Ca groove, ça jazz, ça scratch … En feuilletant les bios vous définissant on voit des inspirations comme les Mitsouko, Anaïs… Tu es de celles qui pensent qu’il faut faire une musique en réseau qui pioche un peu partout ?
- Pour la musique, j’ai pas écouté de chanson française déjà. Maintenant j’en écoute un peu plus finalement. Mais pendant l’adolescence j’ai été nourrie par en effet du jazz, mais pas seulement, mes maîtres à penser sont Fela Kuti, Jeff Buckley, Radiohead… Ca, ce sont mes influences, elles sont très diverses, elles sont mondiales, parce que j’adore également Caetano Veloso par exemple. Donc on retrouve, je pense, toutes ces influences, ces couleurs sur l’album, mais digérées intégrées, et du coup, pour moi, il y a une vraie cohérence de références à mes yeux. Après c’est vrai que ça peut surprendre parce qu’il y a un morceau qui a une couleur un peu plus africaine. Par ailleurs, j’ai travaillé avec Vincent Ségal sur cet album qui a énormément d’expérience et qui est très exigeant sur la musique… Il me disait tout le temps : « Attends si on fait une bossa, il faut qu’elle soit nickel parce que moi j’ai mes copains du Brésil qui vont me tomber dessus ! » (Rires). Il joue dans le monde entier donc il a un respect énorme de tous les styles musicaux et il ne va jamais faire du : « dans le genre de ». Donc on a juste digéré ces influences, et fait quelque chose de décaler, de personnel. Pour cela, il y a eu vraiment une grosse exigence sur le son.
En chanson française, je trouve qu’on parle souvent de familles, de nouvelle scène française, pour moi, les deux familles, ce n’est pas les jeunes d’un côté et les vieux de l’autre, je ne suis pas du tout d’accord avec cette appellation-là. Pour moi, il y a ceux qui sont dans la recherche du son, qui cherchent une identité même dans l’écriture, qui vont essayer des choses, dans une ambition, on va dire, de son et d’écriture, et d’autres gens qui vont plus s’inscrire dans une tradition de la chanson française et rester dans un courant qui est là depuis longtemps, avec leur personnalité mais où la musique est un peu moins importante, plus en acoustique. Je considère appartenir à la première. Et dans cette famille qui cherche le son, il y a Alain Bashung qui est loin d’être jeune, Dominique A, des chefs de fil comme ça et des plus jeunes groupes actuels. Voilà… Au niveau de la définition du style… Je serais plus proche de la pop que de la chanson traditionnelle.
5. Comment s’est passé l’enregistrement avec Vincent Ségal, le cello de Bumcello et -M- ? Comment s’est fait la rencontre ? Quelles ont été les étapes avant le studio ?
- On voulait vraiment un réal sur cet album, parce que sur le premier il n’y en avait pas eu et c’est douloureux quand tu dois tout faire toi-même. Et c’est marrant, mon directeur artistique et moi, sans se concerter, on a pensé à lui à peu près au même moment. Moi je connaissais son travail en tant que musicien et que j’adore, je suis hyper fan de Bumcello et de M. Quand j’ai appris qu’il était définitivement réalisateur, j’ai écouté ce qu’il avait fait sur le disque de Piers Faccini, Agnès Jaoui, et j’ai complètement flashé sur sa façon de travailler et sur son style très épuré et j’avais envie de ça. Sur le premier, j’avais surchargé les arrangements en mon sens. Là, j’avais envie d’aller vers un truc très minimal, très dépouillé et j’ai senti qu’avec lui, c’était possible.
La maison de disque a contacté Vincent, on l’a rencontré… Lui, il ne marche qu’au coup de cœur… Il est tellement sollicité par des gens dans le monde entier, toujours aux quatre coins de la planète pour faire des choses, qu’il ne fera jamais un truc financier. Il n’en a pas besoin. C’est super, mais du coup il a été très exigeant. Au début, il n’aimait pas toutes les chansons. Non pas une histoire de goût personnel, mais pour lui, elles n’étaient pas assez abouties, pas assez travaillées. Assez vite, je me suis rendue compte qu’il avait raison... et que finalement j’avais aussi besoin d’un coup de pied au cul. (Rires)… C’est vrai, t’es l’auteur compositeur, t’es un peu le roi, t’engueules les musiciens quand ils mettent des pains, et toi, par contre, personne ne te dit rien…C’est toi le boss. Et ça, c’est pas bon !
Lui, il m’a mis la pression dès le départ ! J’ai retravaillé et fait des choses que je ne croyais pas être capable de faire. Je me suis dépassée. Je suis allée au bout de l’écriture, accord, mélodie, musique ou texte, on s’est revus plusieurs fois. On a commencé à travailler assez vite sur les chansons qu’il aimait bien et une fois qu’il était partant sur toutes les chansons, on a dit : « okay ! c’est parti ! » A partir de là, on s’est vu très régulièrement chez lui, dans une petite pièce de 8 mètres carré où il bosse avec tous ses disques. Tout le temps en train de s’arrêter : « - Attend, tu vas voir… un truc comme ça… » et puis il te fait écouter le morceau, il est très précis, il va pas te dire « dans le genre de… » Non ! Il va te mettre LE titre auquel il pense, LE chœur, LA mélodie… Il est incroyable, c’est un ordinateur, il connaît tellement ses disques…
On a cherché des arrangements très simples à partir d’une guitare-voix, Thibault, mon guitariste qui est aussi sur la tournée, a participé aux arrangements. On était tous les trois à chercher des idées, on faisait tourner, comme ça juste quasiment en acoustique, violoncelle, en imaginant…Trouver une ambiance… Et surtout, avec cette idée que je trouve fondamentale : la chanson doit marcher avec presque rien. A deux ou à trois déjà… On pourrait enregistrer comme ça, on met un micro et ça tient ! Il ne faut pas que ça dépende trop de l’arrangement sinon c’est que la chanson est fragile. Il y a donc eu un gros travail de préparation et du coup on avait toutes les chansons en arrivant au studio, on savait ce qu’on allait faire.
On a fait le choix de travailler avec Cyril Atef, DJ Shallom, Jeff Boudreau, des musiciens que Vincent a amené et avec qui il travaille depuis 15, 20 ans, ils se connaissent par cœur. Vincent savait exactement ce qu’il allait leur faire faire ou du moins ce qu’ils font bien. On avait deux batteurs, Jeff Boudreau, un batteur américain de New Orleans qui joue d’une manière incroyable ! Il y a aucun batteur français qui joue comme ça (rires). C’est pas notre culture ! On ne sait pas, peut-être dans 100 ans on jouera comme ça mais…pfffff ! Et Cyril qui a davantage le côté foufou, très créatif notamment en percu. Selon les morceaux, c’est l’un ou l’autre qui jouait. Vincent savait exactement où aller, c’était génial, du coup on est allé très vite. A chaque fois, on prenait le meilleur de chacun pour donner vie à la musique.
- Vincent vous a tiré vers où il voulait aller…
- Plus ou moins. Vincent, je pense qu’il avait vraiment dans la tronche ce qu’il voulait. Il entendait déjà les choses avant. Il est étonnant parce qu’il laisse une très grande liberté : Thibault, le guitariste, a composé les plus grandes parties de guitares qui sont très écrites, Shalom a amené ses sons, pareil, avec plein d’idées. Mais même là Vincent les attendait. Vincent joue sur cette ambivalence : il laisse une immense liberté et en même temps, il drive. C’est comme ça qu’il faut bosser. C’est l’idéal. Mais pour cela, il faut avoir le métier, le talent pour le faire bien. Vincent l’a.
6. Qui a écrit les textes ? les musiques de l’album ?
- C’est moi. Sauf la reprise d’Orly Shap, J'ai la flemme d'aimer, dont on a refait les arrangements avec Vincent. Moi j’avais une autre version que je jouais sur scène. J’adore cette chanson et on est très potes avec Orly, j’ai toujours aimé jouer cette chanson. On a bossé les arrangements avec cette batterie incroyable de Cyril à la fin que j’adore. Une batterie qui rentre… à je ne sais plus combien, 3 minutes 40… et bref … Tout ça pour dire ?... Oui… que c’est moi qui écrit tous les textes et toutes les musiques et les arrangements avec Vincent et Thibault !
7. 17 jours est un timing plutôt court qui ne laisse pas le temps à une grande improvisation et à un recul toujours suffisant. Atout ou avantage ? temps de réflexion ou temps de l’action ?
- C’était très très court ! Surtout qu’on a enregistré 17 titres, tu peux imaginer, mix compris ! Mais moi j’ai halluciné. J’ai toujours joué avec des bons musiciens mais là… T’as vraiment ce truc où ça va extrêmement vite ! Cyril est venu seulement 4 jours, moi j’en étais malade ! Je dormais pas la nuit ! Comment on va faire ? Et même l’ingé son, il allait tellement vite pour faire le son, que du coup en deux jours presque c’était fini ! Après on s’est fait plaisir, on a eu le temps de chercher des trucs, on faisait des prises ensemble, on avait envie d’avoir un son chaud, on voulait presque entendre les « re-re » et Vincent il est hyper chiant là-dessus, mais tant mieux ! On a fait beaucoup de choses ensemble, on était très préparé, du coup ça a été vite. Après, c’est sûr que je regrette « un peu » qu’on n’ait pas eu une semaine en plus pour mixer.
- Le mix s’est fait également pendant les 17 jours ?!
- Le mix s’est fait en temps réel ! Il y a quasiment eu aucun mix, c’est presque de la mise à plat améliorée. Les voix et les sons ne sont pas retravaillés derrière. C’est que les sons bruts qu’on avait. Mais c’était aussi un choix de départ. On n’a pas beaucoup de jours, donc on fait le son qu’on a dans le casque ! Ce sera le son def. J’exagère mais…Il n’y a aucun son modifié je te jure…
- Même sur les contre-chants, les chœurs ?
- Ce ne sont pas des sons modifiés, juste des pistes en plus. Mais ça aussi, ça va vite une fois que tu sais ce que tu veux faire et que t’arrives à chanter juste ! (Rires) Ce qui n’est pas toujours évident !
8. Ce qui marque à l’écoute de l’album, ce sont ces couples, ces rapports féminin/masculin ou féminin/féminin, faits de rencontres allant de Jim, en passant par le Baratineur, La première fois que tu m’as quittée, Merci, Ar-cen-ciel. C’est un album dédié à l’amour et à la séduction ? Ou est-ce surtout un éloge de la féminité comme l’intro de votre site Internet ?
- Non, c’est ni l’un ni l’autre, je parle des relations, se connaître, connaître l’autre, la rencontre, la difficulté à se trouver aussi pour se rencontrer, et ce sont des thèmes que j’aborde parce que je pars toujours de ce que je vis, ou de ce que je vis par transposition, mais je pars toujours d’une émotion. Donc il n’y a pas vraiment l’idée de faire, une ode, un hommage, la féminité tout ça, ça me traverse même pas l’esprit. C’est instinctif. C’est un vécu, voilà.
- Il y a un choix de texte quand même, non ?
- Oui, il y a un choix de textes qui donne une couleur générale à l’album, mais je pense que l’idée c’est : « bon okay la vie est dure, on s’en prend plein la tête, c’est pas facile, mais quand même il y a une envie de vivre, un espoir », donc il y a toujours dans les chansons graves de l’autodérision et dans les chansons plus légères une gravité. C’est ça qui est le plus important pour moi dans la construction de cet album. Et pour moi, oui, je parle des relations, mais je ne me dis pas tiens euh… tiens je vais faire une théorie là-dessus !
9. Globalement, le constat est plutôt amer sur la relation amoureuse masculine ou féminine. Même dans Merci, on sent que le doute est là face à la réalité du bonheur…
- Ah c’est marrant…(Perrier-citron)
- Dans Si on tombe, on se relève seulement « dans l’idéal »…
- Ouais…
- Un baratineur court après deux chanteuses. Jim ne comprend pas qu’on le désire et préfère parler de sa mère...
- (Rires).
- Le quotidien transforme en gros mollusque ?
- (Rires)… Pour moi c’est le contraire… C’est marrant parce qu’en ce moment je fais plein d’interviews et tous les journalistes me disent la même chose, qu’ils trouvent que c’est quand même assez triste et je suis hyper étonnée. Je le vois pas du tout comme ça ! C’est bizarre... Apparemment c’est ça que ça dégage, mais une chanson comme Merci, c’est vraiment une chanson d’amour qui parle de la relation de long terme, qui raconte que c’est dur, mais on est là pour se relever mutuellement, et quand je dis « c’est Noël en plein moi d’avril ? », c’est l’idée d’une fête…
- Oui mais en même temps, c’est une question qui sous-entend « Est-ce que je rêve ou quoi ? »
- Oui mais c’est dans le sens d’un « c’est trop bon ! » On est plus proche d’une affirmation. C’est le printemps pendant les fêtes de Noël et inversement, c’est un aller-retour sur une chanson avec un fond très positif. C’est une chanson sur la solidarité et l’envie d’être bien. Tu prends Visage, pour faire vite c’est : « arrête de te prendre la tête, tu vieillis mais bon la vie est quand même positive au bout du compte !» Dans la peau, c’est pareil, « Oui j’ai des ex, d’accord, j’ai eu d’autres histoires avant, mais c’est ça qui fait que je suis mature, que j’ai vécu des choses, et peut-être que je ne referai pas les mêmes conneries qu’il y a 5 ans donc arrête de me prendre la tête sur mes ex ! » Donc je trouve que dans l’ensemble, il y a des choses plus dures comme Arc en ciel, mais même dans celles-là il y a toujours des jeux de mots, quelque chose de ludique dans l’écriture.
- Oui j’y arrive…
-Vas-y !
10. La fabrique des chansons est assez paradoxale. Alors que le ton est parfaitement assumé avec un lyrisme et un romantisme certain, soudain une petite voix ironique nous ramène à la réalité en désacralisant et en masquant les situations. Jim, le jeu de mots avec « Sweet Dreams » d’Annie Lenox, le contre-chant sur Canton et « quant on s’est retrouvée ».
- (Rires)
- Le masque a du mal à tomber ? Il faut absolument se masquer et plaisanter pour séduire ? Ou la déconnade est-elle plus forte que tout ?
- C’est un attachement à l’autodérision. Pour moi, c’est important qu’il y ait un décrochage, je ne veux pas me prendre au sérieux, en plus les deux chansons dont tu parles sont des chansons dans la moquerie et pour revenir à ce que tu disais tout à l’heure sur la féminité, justement, dans Jim c’est vraiment… Comment dire… Oui, les mecs sont bien traités sur le disque ! C’est plus les filles qui en prennent plein la tête. Les deux chanteuses pseudo copines qui se disputent à la fin… Dans Jim en particulier, ça part d’une idée qu’il y a des filles qui pensent que les mecs ne disent jamais non, (rires de l’interviewer… Perrier citron) et c’est terrible, j’ai des copains qui me racontent : « J’y allais vraiment pour boire un café et je me suis fait sauté dessus, pour elle c’était impossible que je résiste parce que les mecs ça ne dit pas non », ça m’a choqué. Et je trouvais ça intéressant de parler de cette idée pas si courante du point de vue féminin. Cette fille passablement rentre-dedans, hystéro, alors que lui est juste un gentil gars, collègue de travail, qui est venu boire son café... Ca a davantage de sens aujourd’hui de raconter ça que de mettre en scène une situation où moi je vais chez un mec… On la connaît déjà cette histoire là ! Sur la petite voix, il y a un décalage, c’est pas un masque ou une protection, c’est juste l’envie de garder du recul, de ne pas rester au premier degré. De ne pas y être tout le temps.
11. La chanson avec Anaïs est très réussie.
- Merci…
- Une camaraderie qui sonne juste et légitime pour le coup l’humour. Qu’est-ce qui t’a donné l’idée de cette chanson ? Une histoire vécue... Ou d’abord l’idée du duo et ensuite l’histoire ?
- Anaïs et moi sommes amies depuis très longtemps. On a commencé ensemble à Marseille, fait des concerts, des plateaux quand elle était encore dans Opposum. Moi je commencais Oshen dans de toutes petites salles, et on s’est toujours suivies. A une époque c’est elle qui faisait mes premières parties, maintenant c’est moi qui fait les siennes ! Pour nous c’est pas trop ça qui compte, ce qui compte c’est d’être ensemble, de se voir, donc quand on a parlé de faire un bout de tournée ensemble l’année dernière, je viens de faire encore quelques dates avec elle, elle venait sur une chanson à moi, et moi je venais sur une chanson à elle. Mais on avait envie qu’il y ait une chanson a part entière écrite pour nous deux, donc j’ai écrit cette chanson pour le live et tant qu’à écrire un duo, autant que ce soit du sur-mesure ! Je ne voulais surtout pas rentrer dans le cliché des deux chanteuses qui jouent un personnage, donc j’ai cassé l’idée du duo à la base. La première vanne, c’est la vanne au duo. Ensuite j’ai voulu casser les chanteuses, parce que la chanteuse est une race terrible extrêmement narcissique, égocentrique, c’est infernal, donc il fallait absolument en parler, et finalement une critique aussi du show biz. T’as ces deux nanas censées être potes, mais sans scrupules à la fin. Donc ça n’a plus rien à voir avec la réalité, avec Anaïs cela ne nous est jamais arrivé. L’histoire est totalement inventée. C’est juste un prétexte pour avoir ce jeu là. Dans le dernier couplet, sur scène, on n’a jamais fait deux fois pareil, c’est un moment de scène pour improviser, ça part en vrille à chaque fois, on finit en général par se taper des fous rires. Donc le morceau vient de la scène et après il y a l’envie de laisser une trace de ce partage.
12. Donc cette réputation d’ « agressive » à la fin de la chanson te concernant?
- C’est inventé ! (Rires)
- Ce n’est pas un private-joke d’Anaïs à une scène de dispute ?
- Non non ! C’est moi qui ai écrit le texte !
- Le « Mauvais coup » que tu lances à Anaïs aussi donc ?
- Non ça, par contre, ça, je confirme ! (Éclats de rires)
- Je l’attendais. Merci de me l’avoir dit, (rires). Maintenant que c’est dit, je peux l’écrire dans l’interview…
13. Ce morceau est le plus rock de l’album dans sa forme. Ca ne te tente pas encore de durcir les rythmiques pour travailler sur la puissance de la voix. On sent qu’il y a du potentiel, on a parfois l’impression que ça se retient… ou du moins que ça pourrait aller bien plus loin ?
- En fait c’est marrant que tu me dises ça, parce que si tu viens voir le concert à l’Européen, tu verras que c’est beaucoup plus rock. Même la formation sur scène, on est trois : guitare, basse, batterie, on s’échange les instruments, il y a un son dépouillé comme ça, un son assez rock, assez rentre-dedans et les versions sont toutes beaucoup plus rock. Sur scène, j’ai ce truc-là, très fort, qui est moins présent sur le disque parce qu’on avait envie de faire quelque chose de plus intimiste. Pour moi c’est deux métiers différents. Pour moi, un disque c’est très intime, tu l’écoutes au casque ou chez toi… Je sais que moi, quand j’écoute la musique, c’est perso ! Ecouter de la musique avec des gens, non ! Je suis dans le train, j’ai mon énorme casque et je plane sur la musique. On me chuchote dans l’oreille, pour moi un disque c’est plus ça. La scène est l’endroit ou tu viens prendre de l’énergie, échanger un moment, dans la force, dans le délire et donc sur scène il y a ça très fort… Mais c’est vrai que le disque est plus posé.
14. La fin de l’album est beaucoup plus mélancolique et noire, Arc-en-ciel, Je ne suis pas celle, et la reprise J’ai la flemme d’aimer, te laissent seule face à toi-même. Une autre ambiance. Un ton confidentiel et atmosphérique au piano… Plus de guitare… C’est l’autre face cachée de la lune ? La solitude d’une femme amoureuse qui se cherche ?
- Non, c’est un peu un concours de circonstance que ces morceaux se trouvent à la fin. C’est une façon d’amener les gens à les écouter. C’était important de mettre les parties plus lumineuses plus joyeuses au début et petit à petit d’emmener les gens dans quelque chose de plus intime aussi, peut-être de plus dur. Finir sur la chanson d’Orly Shap, d’ailleurs, ça ne finit pas là-dessus, parce qu’il y a un tout petit De rien qui sont les guitares de Merci très lumineuses et qui ré ouvrent comme ça… Comme une dernière éclaircie après l’orage… En fait, J’ai la Flemme d’aimer est en dernier parce que je ne voyais pas où la mettre ailleurs, tout simplement... Elle est longue très particulière, elle est assez barrée, donc c’est pas un morceau que tu peux mettre en début de liste… La face cachée, je ne sais pas, non elle n’est pas cachée, elle est assumée, il y a en effet quelque chose de mélancolique…
- De l’ordre de quelque chose qui se dévoile…
- Complètement…(Blanc). Je ne suis pas celle au départ était en premier sur la liste, pour moi c’est un morceau d’ouverture et moins de fermeture. Finalement, la maison de disque a choisi de mettre Dans la peau en premier, pour avoir quelque chose de plus entraînant pour les gens qui écoutent par curiosité à la Fnac ou ailleurs… Moi sur le fond, j’aurais gardé Je ne suis pas celle en premier. C’est un morceau d’ouverture. Sinon, ça fait un peu à la fin « Je me suis un peu foutue de vous »… Je préférais commencer par : « Attention, on rentre dans un nouveau chapitre d’Oshen »… On me l’a dit et ça me fait chier parce que c’est vraiment pas l’esprit de la chanson, c’est un contre-sens…
15. Il y a un petit bijou qui m’interpelle dans votre album, c’est le 10ème titre sur 13. Sur tous les morceaux, le corps et la voix se lâchent…
- Rappelle-moi, c’est quoi le 10ème titre ?
- Tu vas comprendre, tu vas voir…
- (Rires)
- Souvent de la chair, du toucher, une voix élégante et lascive, on aimerait d’ailleurs en entendre plus, pour aller jusqu’au bout de la bête et de l’intention rock. Tout le monde peut s’identifier. Mais dans le 10ème titre, voilà que le corps est un barrage à l’amour ou plutôt à la preuve d’amour. Voilà qu’une femme nous dit qu’elle n’a pas ce petit quelque chose qu’ont les hommes qui permet de donner naissance, et de rendre toute chose les femmes…
- (Rires)
- Voilà une femme qui en aime simplement une autre mais qui a pour seul barrage l’impossibilité d’être un homme. Il y a comme une tragédie du corps. Une fatalité de l’âme qui ne peut s’échapper du corps pour en rencontrer une autre. Pour le coup on se retrouve brusquement dans une émotion pure : le secret de l’amour. La femme aimée est en plus malheureuse avec l’homme… Le ton pourrait être ironique, comme sur d’autres titres. Il ne l’est pas. Le morceau est sincèrement émouvant, juste. Vous pouvez nous en dire plus sur ce titre et ce choix de l’intégrer à l’album ?
- (Blanc…)Y a quand même de l’autodérision, quand je dis « gros mollusque dans ton salon »… Quand tu vois quelqu’un que t’as aimé ou que t’aimes encore qui est dans une histoire de merde… Toi, t’es pas objectif parce que t’es amoureux… (Blanc)… Il y a quand même de l’humour, ce jeu sur le petit quelque chose… C’est ludique... Même… (Blanc)… C’est vrai qu’il est hyper sincère et je suis contente que tu le trouves émouvant… Ca me fait extrêmement plaisir… Parce que j’aime beaucoup ce morceau… J’y suis très attachée…(Blanc)…
Mais il parle avant tout de cette frustration qu’on peut avoir, qu’on soit un homme ou qu’on soit une femme, envers un homme ou une femme peu importe. De voir quelqu’un que t’as vraiment aimé avec qui tu sais que ça aurait pu être la folie, ça aurait pu être une vraie histoire, qui pour une raison X ou Y n’a pas lieu. Là en effet, c’est le petit quelque chose, mais le petit quelque chose, c’est tomber amoureux… Y a des mecs qui se retrouvent pas mal dans cette chanson parce que le « petit quelque chose » c’est le petit truc magique qui fait qu’on tombe amoureux… Tu vois ?
- Moi, j’ai pas compris ça…
- Parce que je m’amuse avec ça !
- Je vais pas te suivre là…
- Non mais je le fais exprès ; c’est un double sens. « J’ai pas le petit truc », là, en l’occurrence on parle de sexe… mais c’est plus profond que ça…
- Oui mais il y a quand même le barrage du corps au départ, c’est quand même l’histoire d’une femme qui aime une autre femme, je ne me suis pas trompé ?
- Bien sûr évidemment… Pour moi, il y a plusieurs degrés de lecture. Celui auquel les mecs peuvent s’identifier dans cette chanson : t’es un mec, t’es amoureux d’une fille et elle a choisi un autre mec… et t’as les boules parce que tu la vois malheureuse, mais t’avais pas le truc magique qui fait que… Après, il y a le plaisir de décaler et de donner un double sens très clair, avec une rage intérieure… Il y a du jubilatoire, du plaisir, deux sens qui émergent fort et ça me plaît…
- Félicitations.
- Merci. Tant mieux. Je suis ravie… J’avais un peu la trouille avec cette chanson… (Gorgées de Perrier citron… Blanc…)
16. Je ne suis pas celle… que vous croyez ? Un titre en démenti ou en aveu… On ne reviendra pas sur les questions d’identité, un pseudo : Oshen, le masque du comique...
- (Rires)
- L’ambiguité féminine-masculine sur les textes… Parce que là-aussi, à la réécoute de album, après ce morceau dont on vient de parler, à la réécoute on se dit que l’amour évoqué peut fonctionner aussi d’une femme à une femme sur pas mal de texte…
- Ah ouais d’accord… On se dit ça ?… Tu l’entends plus pareil ?…
- Oui, c’est très curieux, car les textes sont écrits de telle façon qu’ils ne pas sexués pour certains, et du coup ça enrichit pas mal l’album : on peut entendre une femme qui s’adresse à une autre femme et pas seulement une femme qui s’adresse à un homme…
- C’est bien, t’as bien écouté le disque, je suis fière de toi !!... C’est rare…
- (Gorgée de Perrier citron...) Revenons à Je ne suis pas celle… Alors comment croyiez-vous qu’on vous voyait, Oshen ?
- Je ne suis pas celle est vraiment une chanson qui parle de cette sensation qu’on a tous eu un moment, peut-être plus à l’adolescence mais je pense que ça peut revenir très violemment à la quarantaine ou à d’autres périodes de la vie, cette sensation d’être enfermée dans une petite boîte par la société, la famille, même dans le couple, les amis, il y a ce truc, pour caricaturer, « eh ben lui c’est l’intello », « elle c’est l’artiste ».. Une petite boîte dans laquelle on est mis malgré nous. Et moi, en tant que chanteuse, j’ai aussi été mise dans des petites boîtes, j’ai été poursuivie par l’expression « la sociologue du plumard », c’est infernal, j’en pouvais plus de ce truc, c’est vraiment pour moi erroné, réducteur, et donc douloureux. J’ai pas écrit cette chanson pour cette douleur, là, je parle de quelque chose de très intime, de très très intime qui est ce truc indicible… En fait personne ne me connaît vraiment, peut-être que moi-même je ne me connais pas vraiment. En tout cas, je sens que je suis plus riche et plus complexe que ce qu’on me renvoie et que ce qu’on croit. Parce que… C’est vrai… Quand les gens nous renvoient une image de nous, on a tendance malgré nous à jouer le jeu, c'est-à-dire, les gens que tu penses être super drôles, quand tu les vois, tu ne penses qu’à faire des blagues, les gens que tu trouves hyper-lourd, t’es hyper lourd. On est tous un peu comme ça... Et puis il y a autre chose, une confidence presque dite à soi-même, un truc assez perso. C’est pas un truc précis, c’est une sensation…Je leur dis : vous ne me connaissez pas… mais c’est pas un truc que je vous ai caché genre « le cadavre dans le placard » tu vois, c’est une sensation vraiment globale et diffuse, c’est pas un truc « au fait je vous ai pas dit ? ». J’ai le sentiment de n’avoir pas encore pu exprimer qui j’étais. Encore une fois, on vit tous cette sensation intime que tu peux être plus ou autre chose que cette petite boîte. Mais ça ne veut pas dire que tu sais forcément quoi …
- Tu restes très évasive…
- Je ne suis pas évasive pour ne pas te répondre, c’est juste des sensations… Je ne suis pas celle… on ne peut même pas dire… Je sens qu’il y a un espace, une ouverture, une possibilité, voilà… Et on ne peut même pas la nommer, et il ne faut pas la nommer, dès que tu la nommes, tout de suite tu la réduis.
- Des points de suspension…
- Oui voilà…
17. Après ce deuxième album comment voudriez-vous qu’on vous voie ?
- (Rires) Je ne sais pas…Ce qui compte pour moi, c’est en effet une certaine gravité parce que c’est vrai qu’elle est là et en même temps… beaucoup de tendresse. Pour moi le maître mot, ce que j’ai essayé de mettre le plus dans ce disque comme couleur, c’est la tendresse. C’est hyper important pour moi, je suis très obsessive sur ce que je donne. Parfois même je donne trop, tellement je veux être en lien avec les gens. Je suis beaucoup dans le lien, c’est important pour moi d’avoir de la générosité, parce qu’il y a des gens qui font des disques que je ne citerai pas, qui font de très beaux disques mais qui ne sont pas très généreux. Et pour moi c’est important de donner.
- De prendre des risques par rapport à soi ?
- Oui, de s’ouvrir, de venir à la rencontre de l’autre, d’amener une vision du monde un peu différente et avec une vraie proposition de partage. Donc j’espère que c’est ça qui va ressortir.
- La générosité et la tendresse ?
- Oui.
- Romantique ?…Oshen…
- (Rires)…Et puis une vision peut-être nouvelle pour certaines personnes. Faire entendre des choses par rapport à la vie, ce que c’est d’être en vie.
18. Pour finir, j’ai trouvé quelques citations … Tu me dis celle qui pourrait être la-tienne ou tu me fais un commentaire sur ce que tu en penses… On y va : « Je déteste l'émotion ; c'est trop long, beaucoup plus long que la joie et le rire. »
- La joie et le rire sont des émotions, c’est complètement débile cette phrase, qui a dit ça ?
- Jules Renard.
- Quel abruti celui-là ! Je l’ai toujours détesté, je l’ai jamais aimé ! Toute petite déjà, il me faisait chier au collège !
- Rire à chaudes larmes, pleurer à se tordre.
- C’est Jules Renard aussi ? T’as pas un autre mec à me trouver là ?
- « Je n'ai jamais été capable de grands sentiments : ils me font rire ».
- Oui il y a un peu ça dans le disque…
- Paul Léautaud.
- Ah ! Tu vois c’était pas le même !
- « Le rire se termine vite. L'émotion, on l'emmène avec soi. C'est un peu pareil qu'entre faire l'amour et être amoureux. »
- Je suis en plein questionnement là-dessus. Oui je suis d’accord.
- Gérard Jugnot.
- (Eclats de rires) Super !... Un grand !... Un grand, quoi ! Une grande découverte ! C’est une grande citation et…juste quand même !
- « On aura beau tout savoir, tout manigancer, tout organiser, tout manipuler, penser à tout, le sexe nous déborde.»
- Ah je suis bien d’accord. C’est un problème d’ailleurs.
- Philip Roth.
- Ah ben voilà, voilà mon Dieu ! Philip Roth ! Mon idole, voilà ! Enfin ! J’ai tout lu, tu sais, de Philip Roth, un des rares auteurs qui me touche.
- Du même : « Le vrai écrivain n’est pas celui qui raconte des histoires, mais celui qui se raconte dans l’histoire. La sienne et celle, plus vaste, du monde dans lequel il vit. »
- C’est vrai. Ce que j’ai découvert, avec le premier album, c’est que les chansons qui étaient les plus personnelles, où j’ai l’impression de raconter mot à mot ma vie, au plus près du réel, c’est celles qui touchaient le plus de gens. C’est incroyable. C’est quand même mon histoire, là, que je raconte. Quand j’essayais d’être davantage dans les généralités, ça prenait moins, et dès que j’étais vraiment dans l’intime, tout d’un coup, les gens s’y retrouvaient. C’est troublant. C’est très bateau, mais plus tu vas vers l’unique et le particulier et plus tu vas vers le général.
- Est-ce que ça va te donner le goût d’aller plus loin et de fouiller un peu plus les sentiments plutôt que de rester dans le jeu théâtral avec des contre-chants comiques ou de l’autodérision ?
- Je ne sais pas encore…J’ai très très peur de retomber dans un truc lourd ou didactique. Sur ce disque, il y a plein de chansons que je n’ai pas gardé qui étaient vraiment beaucoup plus dures. Avec des thèmes très durs à aborder comme le viol, comme la mort de quelqu’un de jeune qui se voit lui-même mourir, dans un cauchemar… Une vision de sa propre mort… Le suicide aussi… Je les ai pas gardées. Non pas parce qu’elles n’étaient pas bien, ce sont des chansons que j’aime beaucoup, mais parce que c’était pas cette couleur-là que j’avais envie de donner à ce moment là, quitte peut-être, sur un prochain disque, à y aller. Je ne me sentais pas encore prête. Y aller petit à petit… Quand tu commences à « expliquer la vie aux gens », dans une narration premier degré très forte, c’est vraiment casse-gueule, je ne me sentais pas encore prête, pas au niveau de faire ça. Si je le fais, ce sera plus tard. Parce qu’après il faut vraiment le porter. Et puis sur scène j’ai du mal à quitter l’humour. Je serais la première à en souffrir.Ca fait vraiment partie de moi aussi. Ce qui fait ma particularité par rapport à d’autres chanteurs ou chanteuses, c’est justement que je ne veux pas choisir. Certains choisissent une direction et ils y vont à fond et c’est tout le temps pareil, c’est pas péjoratif, mais c’est une couleur du début à la fin. Moi je ne peux pas faire ça, je ne suis pas comme ça. C’est important pour moi de rester dans l’ambivalence, de passer des moments drôles à des moments plus durs.
- « Rien ne pèse tant qu'un secret ; Le porter loin est difficile aux dames, Et je sais même sur ce fait Bon nombre d'hommes qui sont femmes. »
- Ouais… Alors moi, j’ai beaucoup de mal dès qu’on tombe dans : les hommes / les femmes. Je suis tellement pas là-dedans, je suis tellement sur l’être et cette envie de pouvoir parler de choses qui touchent tout le monde. Ca n’a pas de sens, j’y arrive pas. Peut-être parce que j’ai les deux parts en moi, mais je ne peux pas entendre : les hommes / les femmes. Je peux, mais j’y trouve pas mon compte. Pour moi, en effet un secret est lourd à porter, et c’est plus dur de cacher les choses que de les dire. On dit souvent les choses pour être honnête et sincère mais on les dit uniquement pour se décharger d’un fardeau, donc ça, c’est entièrement vrai. Après, que ce soit plus douloureux pour les hommes ou pour les femmes… J’arrive pas à l’entendre. Il y a des gens pour qui c’est plus dur de cacher les choses, d’autres pour qui c’est très facile, mais je peux pas croire aux catégories homme/femme.
- Non mais ça date un peu, c’était Jean de la Fontaine dans Les Femmes et le secret.
- Oui à l’époque…
- Comme tu dis…
- A l’époque on n’était pas pareil !
- Même si Jean de la Fontaine tend quand même par cette citation à leur trouver justement des points communs … On continue…"Une femme qui a un amant est un ange, une femme qui a deux amants est un monstre, une femme qui a trois amants est une femme ».
- C’est génial, qui a écrit ça ?
- Victor Hugo…
- Ah putain, je sais pas ce que ça veut dire…
- Moi non plus, j’espérais que tu pourrais éclairer ma lanterne… Côté homme, elle fiche un peu la trouille cette citation… (Rires)
- C’est hyper drôle….(Rires) Ca aurait pu être Gérard Jugnot !
- Je ne peux pas le dire à Hugo mais je n’y manquerai pas…
- Quand tu le croiseras un jour.
- « Il y a des secrets qu'une femme ne peut confier qu'à une femme, des secrets de sensibilité ». Je me doute de ta réponse…
- Pareil, je peux pas croire ça…J’arrive pas.
- « Le sexe apaise les tensions. L'amour les provoque… » Woody Allen.
- Oui c’est assez juste. L’amour c’est aussi beaucoup de névroses, c’est du lien. Tomber amoureux de quelqu’un c’est trouver quelqu’un avec qui une combinaison de névroses vont bien s’emboîter. Le sentiment amoureux est troublant parce que tu remarques que t’es avec des gens qui vont provoquer de mêmes émotions, des émotions négatives aussi, et pourtant ce sont ces gens là qui t’excitent, qui t’attirent et dont tu tombes amoureux. Ce lien, c’est de la névrose et de la complexité. C’est bien de faire l’amour dans ces moments là, ça calme tout le monde.
- « Ne vous fiez pas aux couples qui se tiennent par la main. S'ils ne se lâchent pas, c'est parce qu'ils ont peur de s'entre-tuer. » Groucho Marx.
- Ils ont peur que l’autre se barre vite fait, oui ! (Rires)
- On finit sur ces rires ? C'est pas par peur de s'entre-tuer… C’est la fin de l’interview… Merci Oshen, pour le Perrier citron… A bientôt pour une autre interview.On se voit déjà à l’Européen ?
- Pas de problème… Merci à vous... C’était très bien... Félicitations ! Voilà une interview bien préparée. Je suis contente.
Site d'Oshen : http://www.oshen.info/
Propos recueillis par Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 20/05/2007