Pour son premier film, le comique américain Chris Rock a choisi de faire le remake de l’un des contes moraux d’Eric Rohmer. Résultat ? Un film plat et convenu qui n’apporte rien.
Le pitch est simple : un couple marié installé dans la routine voit une tentatrice issue d’un passé lointain (aucun rapport avec une émission de télé-réalité) venir troubler le calme apparent. La comparaison s’arrête ici avec le film de Rohmer.
Richard et Brenda sont mariés depuis sept ans. Il est banquier d’affaires, elle est maîtresse d’école. Le plus grand problème du couple est, à en croire Richard, l’absence totale d’activité sexuelle. Chacun se console de la morosité ambiante comme il le peut : elle s’enfonce dans la frigidité et l’aigreur, lui se défonce au travail. Comme dirait son patron, courir les femmes fait perdre de l’argent mais courir après l’argent ne chasse pas les femmes. Il s’agit là du point philosophique culminant du long-métrage, c’est dire.
Et puis apparaît Nikki, objet de désir fatal et accessoirement amie d’enfance de Richard. La tension sexuelle se fait de plus en plus pressante, les mensonges se multiplient jusqu’à arriver à l’inévitable conclusion avec…
Inutile de révéler la fin de l’histoire, substantifique moelle de la morale puritaine américaine. Les quelques (supposés) gags peinent à faire rire quelque soit le registre utilisé (même la séquence sur le viagra, gros moment du film pour le réalisateur, tombe paradoxalement à plat). Il ne reste pas grand-chose à se mettre sous la dent pour remplir l’heure et demie de ce récit pénible.
Le commentaire racial (et non raciste), pourtant spécialité de l’humoriste, est lui aussi entraîné vers les profondeurs à défaut d’échapper à la gratuité. Les quelques allusions à l’ascension d’un noir dans un monde des affaires très blanc font partie du décorum, un peu comme si cet acte de présence correspondait à un cahier des charges visant à renforcer la paternité de l’œuvre. Dommage que cette dernière soit aussi lourde à porter vu son faible intérêt.
Mais que les fans se réjouissent, Chris Rock reste égal à lui-même en en faisant des tonnes. On peut regretter que le fait de réaliser l’a conduit à se donner le beau rôle en lissant les petits travers d’un homme qui amie les femmes, affaiblissant la puissance comique du personnage. Reste un Steve Buscemi, toujours aussi agréable à voir jouer, qui passe dire bonjour même si son rôle d’expert en cocufiage ne sert que de faire-valoir au premier rôle.
Du film de Rohmer sur l’hypocrisie et les conventions amoureuses dans un univers petit-bourgeois, Chris Rock en a fait une comédie fade et sans morale. Le défilé de jolies femmes, autre caution commerciale avec la tête d’affiche, ne justifie pas non plus le déplacement.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 02/09/2007