"Sur scène je fais l’amour avec 25 000 personnes, et pour finir je rentre toute seule chez moi." Jean-Yves Reuzeau signe chez Folio une très belle biograpphie de Janis Joplin.
C’est la vie intense d’une des rares chanteuses de blues blanches que Jean-Yves Reuzeau a choisi de relater ici, un tourbillon de rythmes et d’excès qui ont fait rêver toute une génération. Des rêves désormais bien lointains.
Janis naît en 1943, à Austin, Texas. Point de départ d’une existence riche et tourmentée de 27 ans, dans un monde où on veut croire qu’une vie dans l’amour et l’harmonie est encore possible.
C’est là que le talent du biographe intervient. Non seulement il va décrire et faire revivre le parcours tortueux du "mec le plus moche du lycée", mais encore va-t-il inscrire la chanteuse dans son temps, une toute petite décennie qui a vu évoluer un nombre de génies presque indécent. Génies du rock, génies de la littérature, de la poésie… Les beatniks puis leurs petits frères hippies, tentant par tous les moyens licites et illicites de s’approprier un monde qui leur échappe.
Premiers pas réussis de la consommation en marche ou guerre du Vietnam, assassinat de Kennedy et résidus malsains du Maccarthysme… Autant de faits qui vont conduire la jeunesse américaine à se rebeller et à tourner les yeux vers San Francisco et sa frénésie de concerts, de drogues, d’amours libres ou d’excès en tous genres. La communauté remplace la famille et c’est dans l’une d’entre elles que Janis va peu à peu admettre sa vocation, après des débuts difficiles dans des bars du Texas : une chanson contre une bière ou, les jours de fête, un whisky. Mais si ce n’est pas dans cette terre "arriérée" qu’elle va vivre ses véritables débuts, c’est là que quelques proches amis vont la convaincre de son talent, alors qu’elle tente de s’orienter avec regret vers une carrière de banale bonne fille de famille.
Le style est fluide, les phrases courtes, avec une profusion de détails et d’anecdotes. Des noms connus et moins connus de nous font partie de la fête. Jim Morrison, Jimi Hendrix, Eric Clapton ou Leonard Cohen, tous des conquêtes de la chanteuse et tous partie intégrante de cette frénésie musicale qui trouvera son apogée en juin 1967, au Monterey Pop Festival.
Jean-Yves Reuzeau nous plonge dans cet univers, à propos duquel ont circulé tant d’idées reçues. Là, plus de préjugés sur le Flower Power mais une vraie plongée dans ce que cela a pu signifier pour une génération. Plus de racontars sur l’amour de Janis pour la bouteille mais une explication quasi psychologique de son rapport à l’alcool. Sans compter la drogue… Qui aura raison de sa voix unique et de son énergie inoubliable.
Une biographie avec un grand B qui nous donne à connaître l’une des plus grandes artistes des années 1960 et suivantes. Car si Janis a succombé d’une overdose, seule dans une petite chambre d’hôtel à Hollywood, elle est encore plus que présente aujourd’hui grâce à un héritage musical conséquent. Grâce à une voix unique dans l’histoire de la musique.
Anne-Lucie Acar
© Etat-critique.com - 21/04/2008