"Mon nom est Dieu, James Dieu". L’Elvis obèse qui apparaît ce jour-là à Juanito est tout ce qu’il y a de plus convaincant : c’est lui qui a créé l’univers, la terre, les hommes et les barres chocolatées !
Sans doute la plus belle réussite de la Collection 32 de Futuropolis, les deux premiers fascicules des "aventures" de James Dieu sont aujourd’hui réunies en un premier album copieux et jubilatoire signé Fred Pontarolo, l’un des meilleurs dessinateur (et scénariste) actuels.
En 60 pages inspirées, il brosse un tableau grinçant de l’Amérique d’aujourd’hui. Immigration sud-américaine et paupérisme, malbouffe et obésité, alcool et dope, rien ne manque à l’appel de cet album par ailleurs hilarant et sublimement mis en image.
L’idée de départ, d’abord. Dieu, après avoir créé le monde et fait les 400 coups - il a même incarné Elvis Presley pour le fun - en a un peu marre de tout le cirque qui l’entoure. Retiré du monde, planqué dans une boîte de Coca vide, il sirote tranquillement son whisky en attendant des jours meilleurs. Malheureusement pour lui, il est dérangé dans son repos par Juanito, un immigré mexicain qui, d’un coup de pieds rageur dans cette canette qui traîne sur son chemin, le fait sortir de son "exil" intérieur.
Version revisitée de la lampe d’Aladin, James Dieu est un prétexte merveilleux à Fred Pontarolo pour donner la pleine mesure de son sens critique acerbe et de son pinceau talentueux.
Car si la réapparition de Dieu (toujours fringué en Elvis boursouflé et vaguement alcoolo) est l’occasion d’une série de situations oscillant entre comédie loufoque (jusqu’à l’intervention d’un Michael Moore caméra à l’épaule) et tragédie sociale (la condition des latinos décrite sans concession), elle est aussi un sujet parfait pour le génie graphique de l’auteur.
Des cadrages hallucinants, des personnages criants d’humanité, une ambiance jaune-orangée, sorte de sépia moderne, qui confère à l’ensemble un climat étrange et traduit parfaitement la misère financière et/ou morale des protagonistes : le dessin de Fred Pontarolo agit comme un puissant déclencheur d’émotion.
On dévore donc ce Livre premier avec l’avidité qui caractérise les grands bonheurs de lecteurs. De ceux que l’on connaît avec Gipi, Baru et quelques (rares) autres. Et si l’on persiste à ne pas croire vraiment en ce Dieu-là (ni en aucun autre, d’ailleurs), on n’en attend pas moins la prochaine livraison de son évangile selon Saint Fred !
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 25/05/2007