Sorti le 26 mai dernier, Jamais la paix, deuxième album de Mademoiselle K est « weird », comme dirait Ken Allardyce, le réalisateur écossais de l’opus. Bizarre. Un album convaincant par la forme après « Ca me vexe » mais musicalement loin de la claque espérée.
La claque c’est le premier album qui surprend autant la prod que les musiciens, ainsi que le public qui voit dans Mademoiselle K une nouvelle icône prometteuse dans le paysage rock français. Un disque d’or d’emblée, rares sont les groupes à pouvoir s’en vanter. Alors à l’annonce du deuxième, les attentes sont forcément grandes. Les initiés salivent, les novices s'impatientent.
Jamais la paix est écrit et composé, sans temps mort dans les cinq mois qui ont suivi la fin de la tournée (septembre à janvier 2008). Une stratégie de création qui correspond de toute évidence avec la pêche incroyable qu’a Katerine Gierak, la chanteuse phare du groupe. Une fulgurance qui démarque une attitude rock calquée sur le rythme effréné des concerts. « ASD », « Maman XY », « Enjoliveur », et « Jamais la paix » s’esquissaient déjà sur la tournée. « Je n’avais encore jamais eu à créer avec la contrainte du temps et donc dans un temps aussi resserré : bref, 8 chansons en moins de 4 mois. Me connaissant, c’est énorme ! » affirme Katerine Gierak.
L’album est logiquement à la mesure de la vélocité des textes qui sont dans l’ensemble clamés à fond de train, à l’image du premier titre « Le vent la fureur », et écrits en cherchant des limites entre sens et non sens. Les vocalises de Katerine, sur une articulation saccadée qui permet les jeux d’accroche entre les mots suivent les mélodies et passent inexorablement du grave à l’aigu, du parlé au cri en passant par le chanté, démontrant une assurance confirmée déjà lors de la tournée. Katerine en veut et ça s’entend. L'icône est préservée. La pêche et le charisme sont là.
Si la voix a un timbre reconnaissable- c’est un atout évident - les variations de tessiture sont souvent étonnantes et décalées, créant à coup sûr une singularité à la demoiselle, déjà rencontrée sur le premier opus. Les morceaux les plus réussis sont probablement ceux qui mettent le mieux à profit les capacités de sa voix . "Grave" percute, même si le formatage « plan de com radio » lui fait perdre le côté pêchu et métallique de la formation, arrangements et production très léchée. "Enjoliveur" semble plus fidèle à la folie et au décalage du groupe qui veut incontestablement déménager et ruer dans les brancards ainsi que "Jamais la paix".
Mais voilà, si l’essence du rock et la démarche sont là, les mélodies restent peu accrocheuses et les riffs peu audacieux au regard des libertés prises par les textes. On est finalement peu surpris par l’ensemble des 12 titres, généralement fondés sur la même formation basse batterie guitare. On en vient à se demander ce qui a pu précipiter l’écriture et la composition de cet opus qui aurait peut-être mérité plus de recul.
A passer rapidement à la vitesse supérieure on a souvent le sentiment que le groupe vient d’en perdre alors que tout est là pour qu’explose un talent évident. "Maman XY" passe inaperçu aux premières écoutes tandis que "Tea time" passe en force. Le livret est là pour prendre conscience parfois du décalage texte musique. Une inégalité de style malgré des rythmiques souvent recherchées. Un sentiment d’éparpillement sur une œuvre musicale mal définie qui mélange confusément enthousiasme, improvisation et précipitation. « WEIRD » en somme. Dommage.