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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

 Jacques Tati, deux temps trois mouvements

Jacques Tati, deux temps trois mouvements

Jacques TATI

Jacques Tati, deux temps trois mouvements à la Cinémathèque, jusqu’au 2 août, 51 rue de Bercy,

Et ta critique ?




 

Jacques Tati est né il y a 102 ans et la ville de Paris lui rend de nombreux hommages.

 

Rétrospective de ses films, maquette de la villa Arpel, exposition à la Cinémathèque, théâtre, rencontres : le grand réalisateur est à l’honneur. Il faut dire que son art est on ne peut plus moderne.

 

Jacques Tati aurait eu 102 ans. Tout le monde connaît la silhouette de M. Hulot, avec sa pipe, son chapeau, son pantalon trop court et son imper défraîchi. Hulot est un personnage lunaire, qui a fait rire des générations, que ce soit dans ses fameuses vacances ou dans les films suivants, notamment Mon Oncle, où il critique avec élégance et justesse le monde moderne en train de naître. Fauteuils dans lesquels on s’enfonce beaucoup trop, sculptures stupides sur des fontaines, vitres contre lesquelles on s’écrase, tableaux de bord compliqués : le monde contemporain est synonyme d’absurdité, de ridicule, de superficiel, souvent. Mais Tati n’est pas réactionnaire, il pointe les défaillances d’une société en pleine mutation, sans donner pour autant dans le « C’était mieux avant ». D’ailleurs, dès ses débuts, il avait utilisé la couleur pour Jour de fête. Où le facteur François découvrait ses confrères américains et leurs drôles de méthodes pour envoyer le courrier avec « rapidité, rapidité ».

 

Chacun de ses films est comme un clin d’oeil à la grande période du burlesque et à ses modèles, notamment Buster Keaton. Les vacances balnéaires de M.Hulot gardent, avec ses images de ressac, ses séances de tennis mémorables, ses portes de service qui claquent et ses sportifs du dimanche, une fraîcheur inégalée.

 

La Cinémathèque propose, dans le cadre de son hommage, une rétrospective de ses films, ainsi que le cinéma Méliès. Outre ces films, l’exposition est tout simplement formidable. Dès les premières minutes, vous oubliez que vous visitez une exposition, grâce à Macha Makeieff qui en a réalisé la scénographie.

 

Tout l'univers de Tati est au rendez-vous : le vélo du facteur de Jour de Fête ainsi qu’un manège de fête foraine, les vases de la voisine de la villa Arpel ainsi que ses chapeaux, mais aussi des photographies rares, des carnets de gags, sans oublier les croquis et les aquarelles de son ami et collaborateur, Jacques Lagrange.



Petit moment de bonheur : il faut prendre le temps de s’asseoir sur le canapé vert de Mme Arpel et de regarder "Les 6 leçons du Professeur Goudet". Diffusées sur douze écrans, elles abordent, par l’analyse de films et le recours aux archives, la formation de Tati, son travail sur le son.

 

De surcroît, elles sont entrecoupées de publicités qu’on interdirait aujourd’hui, délicieusement incorrectes, et qui concernent des produits minceur.

 

Ces extraits sont comme un temps de respiration dans l’exposition, et l’on entend, fait rarissime dans ce genre de lieux, des gens éclater de rire.

 

Après cela, il ne vous reste qu’à faire un crochet par le CENTQUATRE voir la maquette de la villa Arpel grandeur nature. Impressionnant…Rien n’y manque, des hublots au jardin bleu et rose.

 

Paris en ce printemps prête le flanc à la rêverie et à l’humour. Qui s’en plaindrait ?


Marie Léon

© Etat-critique.com - 24/07/2009