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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 J'ai toujours rêvé d'être un gangster

J'ai toujours rêvé d'être un gangster

Samuel BENCHETRIT

Avec Edouard Baer, Anna Mouglalis, Jean Rochefort et Alain Bashung - Mars distribution - 26 mars 2008 - 1h45

Et ta critique ?




Oubliez les gaulois, les gens du ch’Nord et les flics torturés pour vous plonger dans les méandres du petit banditisme foireux. Maîtrisée de bout en bout, cette comédie noire est indispensable à ceux qui ont rejeté le cinéma hexagonal.


On ne peut pas vraiment donner de définition humaine à ce qu’est un gangster. La vision romantique du bandit rebelle et sensible ou du mafieux intransigeant et calculateur occupe le devant de la scène et fait la joie de réalisateurs en manque d’antihéros crédibles.

Au contact de deux kidnappeurs plus philanthropes que consciencieux, d’un braqueur raté, de deux artistes plagiaires et d’un gang qui a laissé trop d’eau passer sous les ponts, on ne peut que se rendre à l’évidence : un gangster est surtout quelqu’un qui n’a plus rien à perdre. Avec ce constat désabusé, il n’est pas vraiment possible de créer des moments de grâce, d’humanité et d’humour. Et pourtant…

Samuel Benchetrit est un peu un mystère. Réalisateur consciencieux aux inspirations évidentes, il peine à trouver un style personnel. Dans Janis et John, évocation par procuration de la vie de Janis Joplin, on retrouvait des scènes de films directement transposées. On se consolait en se disant que le bougre avait quand même bon goût et que le résultat était tout de même intéressant. Et maintenant ?

Le format 4/3 ainsi que le noir et blanc un peu sale font penser à Coffee and Cigarettes de Jarmush et il y a un peu de Heat, des Tontons Flingueurs, de Smoke et d’autres films de référence. Mais on est à l’opposé du plagiat. On sent dans ces clins d’œil un amour du cinéma et on ne peut qu’admettre le talent du metteur en scène à donner une homogénéité à des séquences très différentes.

Articulé autour de quatre séquences indépendantes, où l’unité de lieu (une cafétéria perdue sur une route nationale) et l’unité de sens (le crime dans sa forme la moins idéalisée) donnent une richesse et une texture à la pellicule, le long métrage ne souffre d’aucun temps mort. Le plus simple ou le plus court des plans est d’une justesse incroyable.

Mais la plus grande force de ces histoires de gangsters réside dans les gueules mémorables qui sont magnifiées par une photographie superbe. Alors que la plupart des choix de production incitent à mettre en avant des vedettes, c’est la plus belle forme de démocratie qui est à l’œuvre ici. Les acteurs, connus ou inconnus, livrent des prestations à la limite de la leçon de cinéma. La sincérité qu’ils dégagent et l’émotion qu’ils transmettent sont d’un naturel désarmant.

Il n’y a que peu de films où l’on puisse dire qu’il n’y a rien à jeter ; ici, il n’y a rien à rajouter non plus. Hélas, on peut déjà prédire qu’il n’aura pas le succès qu’il mérite. Mais dans un secteur où seules les comédies franchouillardes et les grosses productions américaines font le bonheur des exploitants, c’est peut être le plus joli compliment qu’on peut lui faire.

N’hésitez donc pas à montrer qu’il y a un public pour des films intelligents et cinéphiles qui ne sont pas formatés pour la télévision ou pour la vente de produits dérivés. Car s’ils venaient à disparaître, nous n’aurions plus que nos yeux pour pleurer.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 25/03/2008