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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 J'ai rencontré le diable

J'ai rencontré le diable

Kim JEE-WOON

Avec Lee Byung Hun, Choi Min Sik, Oh San Ha et Chun Kook Haun - ARP - 6 juillet 2011 - 2h20

Et ta critique ?




La vengeance est un plat que se mange froid. En Corée du sud, c'est servi saignant. Tétanisant, ce film restera le polar le plus hardboiled de l'année!


Ce polar ressemble au premier abord à beaucoup d'autres. C’est un flic qui veut se venger d’un tueur en série, responsable de la mort de sa fiancée. Rapidement, il remonte jusqu’à l’assassin et en à peine une heure de métrage, il tient sa cible et va assouvir sa vengeance.

Finalement non : notre héros, flic taciturne et impénétrable va jouer avec le tueur. Il veut le voir souffrir et deviner la peur dans ses derniers moments d’existence. Mais le jeu vire au massacre.

Le monstre veut détaler mais grâce à un mouchard, le flic le retrouve tout le temps pour le tourmenter un peu plus et de manière violente. La vengeance est telle que l’on se demande rapidement qui est le diable cité dans le titre.

Le méchant est un fou furieux. Un violeur déglingué. Un boucher sans pitié. Le réalisateur, responsable de Bittersweet life et Le bon, la brute et le cinglé, s’amuse à inverser la compassion du spectateur. Face à l’impassible flic, on aurait presque pitié pour lui, victime d’une vendetta impressionnante. Troublant.

Bien plus que l’hémoglobine omniprésente. On savait les Coréens doués pour les polars glauques (à voir absolument Memories of murder), celui-ci fait l’effort de tous les dépasser dans le détail sordide et l’effet terrifiant.

On a le droit donc à la découpe salissante de collégiennes, un cannibale restaurateur, les blessures profondes à la serpe ou au tournevis et même à une diarrhée salvatrice pour le badguy. Mauvais goût. Certainement mais pas seulement.

Le réalisateur Kim Jee-Woon malmène le spectateur jusqu’aux interrogations sur le genre. Pas loin de la parodie, le film en fait trop mais l’assume totalement. Derrière pointe une réflexion sur notre empathie et notre besoin d’horreur. Pas bête du tout !

Il faut donc avoir le cœur accroché ou ne pas y aller après un bon déjeuner. Vous voilà prévenu. Le film reste pourtant fascinant, sorte de délire baroque et nihiliste sur le film de serial killer. Le silence des agneaux, à coté, c’est Alice au pays des merveilles.

La virtuosité de la mise en scène dépasse les clichés du genre. On a le tournis. C’est vraiment flippant. Le chasseur et la proie se confondent dans un long mouvement sanglant, un opera gore finalement de toute beauté. Une expérience !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 09/07/2011